Centre national des recherches et développement pêche et aquaculture : Une fourmilière

Implanté à Bou Ismaïl(wilaya de Tipasa), le Centre national des recherches et développement pêche et aquaculture (CNRDPA) est une véritable fourmilière.

Tout le monde est à son poste. Mostapha Djellali est le directeur de cette infrastructure. Dans l’entretien qui suit, il donne moult explications sur le fonctionnement de ce centre. D’abord, le terme aquaculture recouvre toutes les formes d’élevage d’animaux et de culture de plantes en eau douce, saumâtre ou salée. La pisciculture est une des branches de l’aquaculture qui désigne l’élevage de poissons. Dans l’ensemble des laboratoires, les chercheurs, hommes et femmes, se répartissent les tâches quotidiennes dans un climat serein et studieux. Une chercheuse tente de vulgariser leur travail au quotidien.
A l’exemple de l’élevage des tilapias en laboratoire qui requiert une alimentation artificielle de qualité, apte à subvenir aux exigences nutritionnelles des poissons en croissance. De nombreux paramètres sont ainsi pris en considération, entre autres, la qualité nutritionnelle de l’aliment, en relation avec le type d’alimentation des poissons en milieu naturel (taux de protéines et de lipides, contenu énergétique, proportions de protéines animales et végétales).
Samira Sidhoum
Mostapha Djellali, directeur du CNRDPA : «Notre centre réalisé plusieurs activités de recherche, de formation et d’encadrement»
Quel bilan faites-vous du centre notamment pour la recherche, surtout avec l’expansion technologique ?
Le CNRDPA, à travers son programme de recherche, a pu réaliser plusieurs activités de recherche, de formation et d’encadrement. Entre 2011 et 2020, le CNRDPA a pu réaliser 28 campagnes scientifiques pluridisciplinaires (évaluation des ressources halieutiques, environnementales, hydrobiologiques, salubrité, …). En termes d’encadrement, durant la période 2015-2020, le CNRDPA a pu mobiliser les chercheurs, les moyens et les infrastructures pour encadrer plus de 398 étudiants de différentes universités et écoles supérieures (entre ingénieur et master). Pour les doctorants, 39 sujets sont effectués dans le cadre des programmes de recherche du CNRDPA, dont 20 thèses soutenues, entre 2016 et 2020.Le centre est un outil technique d’aide à la décision. Il est chargé de réaliser des études nécessaires à l’évaluation des ressources halieutiques et des capacités nationales en matière de pêche et d’aquaculture, d’entreprendre des actions pilotes liées au développement de l’aquaculture, d’effectuer des études à caractère économique et social en rapport avec la pêche, l’aquaculture et relatives à l’organisation, au développement et aux conditions de vie et de travail dans le secteur, d’initier et de mener des programmes de vulgarisation, en liaison avec les structures et institutions concernées, en vue de contribuer au développement du secteur de la pêche, de définir les techniques de pêche les plus adaptées et d’expérimenter les engins de pêche, de suivre, d’expérimenter et de contrôler, dans le respect des prérogatives des autorités concernées, les performances de l’armement des bateaux de pêche, d’identifier les zones propices à l’aquaculture. Au-delà de ces prérogatives, le centre est chargé de réaliser un certain nombre d’objectifs relatifs à la loi portant orientation et programme de projection quinquennale sur la recherche scientifique et le développement technologique. Ces objectifs ont trait à l’évaluation scientifique périodique des ressources, l’instauration du suivi de l’effort de pêche, la préservation et la valorisation des ressources halieutiques, l’amélioration de la productivité des systèmes de production, au développement des technologies adaptées visant l’intensification des systèmes de   production dans les zones marines à haute réserve et dans les sites hydriques naturels ou artificiels propices au développement de la pêche et de l’aquaculture, l’exploitation des ressources naturelles aquacoles tout en veillant à la protection de l’environnement, la valorisation des plans d’eau naturels et artificiels. La consistance des missions et des objectifs scientifiques cités ci-dessus attribue au CNRDPA un rôle important. Aussi, les stations expérimentales déployées sur le territoire national lui confèrent-elles une compétence territoriale.

 

Le ministère de la Pêche et des Productions halieutiques avait annoncé l’élaboration d’un système de traçabilité permettant de suivre un produit de la production à la consommation, en retraçant le parcours de vente de gros et de détail. Où en êtes-vous dans ce processus ?
Il est très important de noter que les produits de la pêche sont consommés frais, avec des circuits de commercialisation plus ou moins longs. Il est à noter aussi que la pratique de la pêche est principalement côtière, ce qui définit aisément la zone de pêche. Concernant l’étendue de la zone de commercialisation, le développement du réseau routier et des moyens de transport frigorifique fait que la zone de distribution des produits de la pêche va au-delà des wilayas côtières. Pour la détermination de la zone de pêche et pour un meilleur contrôle et de préservation des professionnels, la mise en place de balises de positionnement à bord des navires est entreprise par le ministère. Il s’agit de l’installation d’un système de contrôle et de surveillance des zones et des flottilles de pêche, qu’on appelle système de surveillance des navires de pêche (VMS) qui vise la protection et la préservation des ressources halieutiques.

 

Est-ce que le centre fait partie des programmes de recherche internationaux ?
La gestion des ressources vivantes en Méditerranée est l’objet de nombreuses coopérations internationales. L’insertion de l’Algérie dans ces dispositifs de coopération est aussi un enjeu dans lequel le CNRDPA est partie prenante. Dont on peut citer la participation du CNRDPA aux groupes de travail scientifiques internationaux, notamment de la Commission générale des pêches en Méditerranée (CGPM), ainsi l’organisation de campagnes conjointes CNRDPA-CGPM, l’étude de la ressource de corail pour la mise en place d’un plan de gestion durable sous l’égide de la CGPM-FAO. La préservation des ressources naturelles spécifiques (corail, tortues marines, oiseaux marins cétacés et espèces de requins) à travers les différents programmes de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction)et d’Accobams (Accord sur la conservation des cétacés de la mer Noire, de la Méditerranée et de la zone atlantique adjacente).

 

Que pensez-vous du secteur de la pêche et de l’aquaculture qui s’oriente vers la fabrication, localement, du matériel y afférent afin de réduire les importations ?
L’aquaculture marine connaît un engouement et un développement importants nécessitant des moyens adéquats (cages flottantes…) souvent importés. Le développement d’une industrie de construction des cages flottantes en Algérie permet la réduction de la facture d’importation ainsi que la création d’entreprises et d’emploi. Dans ces missions d’expertise, le CNRDPA a étudié plusieurs demandes d’investissement dans le domaine de l’aquaculture marine et continentale. A l’échelle nationale, il existe plus de 80 entreprises en production. Ce qui démontre de la mise en place progressif d’une industrie de l’aquaculture.

 

Les produits de l’aquaculture suscitent l’engouement de la population…
La présence des produits de l’aquaculture sur les étals des poissonniers démontre bien de l’existence d’une industrie de l’aquaculture. L’engouement du consommateur pour le produit de l’aquaculture marine (loup, dorade…) est le résultat de sa disponibilité et son bon rapport qualité/prix. Pour ce qui est des produits de l’aquaculture d’eau douce, le tilapia se présente en pole position, de parla facilité de son élevage et sa croissance rapide. Pour ce qui est des autres espèces d’eau douce, le CNRDPA a développé un programme de recherche pour leur transformation et leur  valorisation.

 

Des vidéos circulent sur le net sur l’apparition d’orques dans les eaux algériennes. Qu’en est-il de la véracité de cette information ?
Les informations relayées sur le net ne sont pas fondées, la présence de cette espèce cosmopolite, qui préfère les eaux froides, n’a jamais été scientifiquement documentée sur nos côtes. Il faut savoir qu’en Méditerranée, les orques sont considérées en danger critique d’extinction. Elles sont régulièrement présentes dans le détroit de Gibraltar, de passage en Méditerranée nord occidentale et occasionnellement en Méditerranée orientale.
Entretien réalisé par Samira Sidhoum
Carte d’identité
Le Centre national des recherches et développement pêche et aquaculture (CNRDPA) est un Etablissement public à caractère scientifique et technologique (EPST). Il est le résultat de la transformation en 2008, par décret exécutif n°08-128 du 24 Rabie Ethani 1429 correspondant au 30 avril 2008, du Centre national d’étude et de documentation pour la pêche et l’aquaculture (CNDPA), créé en  1993 par décret n°93-259 du 27/10/1993.
A vocation sectorielle, le CNRDPA est sous tutelle du ministère de la Pêche et des Productions halieutiques. Il est opportun de signaler que son programme de recherche repose sur une stratégie à l’horizon 2025, ayant pour objectif principal d’asseoir une politique d’exploitation et de développement durable des pêches et de l’aquaculture basée sur des connaissances et des avis scientifiques. Le centre comprend dix stations expérimentales créées par arrêté interministériel du 10 septembre 2013. Déployées sur tout le territoire national, elles regroupent les activités liées à l’aquaculture saharienne, la pisciculture continentale, la pisciculture marine, la conchyliculture, les ressources marines et lagunaires, la crevetticulture ainsi que la pêche artisanale.
Parmi les missions statutaires les plus importante du CNRDPA, l’évaluation de la ressource halieutique, la mise en valeur du potentiel aquacole national et le soutien au développement d’une aquaculture durable. A ce titre, le Centre dispose d’un navire de recherche Belkacem-Grine d’une longueur de 40 mètres, d’une autonomie en mer de 30 jours et d’une capacité d’embarquement de 11 scientifiques. Il est doté de moyens techniques et technologiques performants. Notamment des moyens de prélèvement d’eau de mer, de sédiments marins, de mesures océanographiques in situ et des moyens de pêches scientifiques.
S. S.