Ces entraîneurs disparus : Une trace durable et ineffaçable

Les bons entraineurs de football ont toujours été légion en Algérie. Beaucoup d’entre eux ont eu une place de choix et ont écrit à l’encre indélébile quelques-unes des plus belles pages de l’histoire du football national. Nous vous présentons aujourd’hui et à titre posthume huit d’entre eux qui ont marqué leur temps, et à différentes périodes, les esprits. Nous voulons ici ramener leurs souvenirs dans l’esprit de tous ceux qui les ont connus, de tous les amoureux de la balle ronde, en rappelant à travers leurs portraits les plus grands moments de leur carrière sportive. Aux regrettés Mustapha El Kamel, Smaïl Khabatou, Abdelaziz Bentifour, Mokhtar Aribi, Abdelhamid Kermali, Saïd Amara, Noureddine Saâdi et Mourad Abdelouahab, qui ont réussi une œuvre aux proportions gigantesques, nous saluons avec respect et à titre posthume, leur valeur de technicien et d’éducateur ainsi que leur mérite.

Mustapha El Kamel, un éducateur hors pair
Méconnu du large public sportif, le regretté Mustapha El Kamel restera une illustre figure du football national, notamment en qualité d’entraineur et d’éducateur. Débutant la carrière de footballeur en 1930 au sein de l’équipe minime de l’AS Saint-Eugène (ASSE) au poste d’ailier gauche, Mustapha El Kamel a également pratiqué la natation, le basket-ball et l’athlétisme. Son nom est intimement lié à l’histoire du Mouloudia d’Alger et du RCK notamment. Avec ses immenses connaissances techniques, pédagogiques et de formation, il prendra une part active au sein du Mouloudia d’Alger sous le règne colonial et même post-indépendance où il aura la possibilité d’accentuer sa politique très appréciée de formation, en devenant entraineur et responsable des catégories jeunes. Intellectuel, (il était architecte de formation) et visionnaire, Mustapha El Kamel, issu d’une famille très connue à Alger, est considéré comme le vrai père de l’école de football koubéenne et à un degré moindre, celle de l’OMR. Devenu, l’un des maitres incontesté du football national, il entrainera avec Smaïl Khabatou, l’équipe nationale dès le lendemain de l’indépendance. Educateur hors pair, chaleureux et perfectionniste, le regretté Mustapha El Kamel décèdera en 1974 à l’âge de 59 ans.
Smaïl Khabatou, autodidacte, il a savamment mené sa longue et grande carrière
Le regretté Smaïl Khabatou, né le 8 septembre 1920 à Alger et décédé le 15 septembre 2014 restera ce légendaire entraineur qui a notamment marqué de son empreinte l’histoire du Mouloudia d’Alger, dont il a été également un illustre joueur sous l’ère coloniale. Débutant sa carrière de footballeur en 1935 à l’âge de 15 ans chez les minimes du Stade algérien de Belcourt (SAB) où il restera jusqu’en 1938, non sans avoir enfilé le maillot de l’équipe fanion à seulement 17 ans. A 18 ans (en 1938) il est recruté par les responsables du Mouloudia d’Alger où d’emblée, il prend une part active aux côtés des Kheloui, Berezig, Firoud, Missoum, Kadouris, Albort… Après trois années qui lui ont permis d’avoir une notoriété toute nouvelle, le regretté SmailKhabatou quitte le MCA, pour l’USM Blida, dont il deviendra aussi l’entraineur avant l’arrêt de toute activité imposé par le FLN. Dès l’indépendance, il dirige la 1re équipe nationale aux côtés de Mustapha El Kamel. Il prendra les commandes de nombreux autres clubs comme l’USMB, l’OMR, le WAB et reprendra également du service avec le MCA avec lequel il réussira un palmarès élogieux. C’est en 1948 que le regretté SmailKhabatou obtient avec succès son diplôme d’entraineur-instructeur (3e degré) de la FFF à Reims, aux côtés d’illustres entraineurs du monde entier, tels Helenio Herrera ; Georges Boulogne, Albert Batteux, Lucien Leduc, Jean Snella… Autodidacte mais avec des compétences avérées et une habilité pédagogique fort appréciée, SmailKhabatou se classe 7e sur pas moins de 153 candidats. Un résultat qui lui permet d’être désigné par la FFF pour l’encadrement des stages de Tunis, Casablanca et Chatelet Guyon (France). Connu pour son travail acharné et son désir coutumier d’atteindre la perfection, Smail Khabatou avait un sens aigu de la communication et maitrisait la pratique du yoga pour laquelle il a été formé en Inde et en Chine, et avait une passion dévorante pour la lecture, celle de la philosophie, psychanalyse, psychologie, la métaphysique, l’astrologie et celle des religions.
Abdelaziz Bentifour, footballeur et homme modèle
Au sein d’une équipe du FLN, qui avait une place énorme dans le cœur des Algériens et avait une vraie adhésion populaire, sous l’ère coloniale, le regretté Abdelaziz Bentifour était une véritable figure de proue.
Né le 25 juillet 1927 à Hussein Dey, il était un joueur épatant et efficace. A 18 ans à peine il signe sa 1re licence avec l’ESTunis entrainée par l’Algérien Cheikh Habib Draoua, où joue aussi son frère ainé Mustapha. Les deux frangins quittent l’EST et rejoignent le club sportif de Hammam Lif qui remporte deux coupes de Tunisie consécutives en 1947 et 48. Les dirigeants de l’OGCNice qui le suivent d’un œil bienveillant, le recrutent durant l’été 1948. Avec son énorme potentiel de milieu offensif ou d’ailier gauche, le regretté Abdelaziz Bentifour s’impose d’entrée comme titulaire et rendra beaucoup de services à l’équipe de la Côte d’Azur, avec laquelle, il remporte le championnat de France de 1951 avant de réaliser, l’année suivante, le doublé coupe-championnat. Maitrisant la technique, l’intelligence et l’efficacité (il marque beaucoup de buts), Abdelaziz Bentifour ajoute une ligne à son palmarès, en décrochant sa sélection au sein de l’équipe de France engagée en Coupe du monde 1954.
Loin de trainer les pieds, il attire l’attention de plusieurs clubs français. Après six saisons passées à Nice, il opte pour Troyes (1954), qu’il quitte après deux saisons, pour Monaco, qui sera sa dernière étape en France, où il rejoindra ses compatriotes Mustapha Zitouni, Abderrahmane Boubekeur (GB) et Kaddour Bekhloufi.
A Monaco dont il devient un atout de première grandeur, Abdelaziz Bentifour, a réussi à inscrire 56 buts en 246 matchs. Il a 31 ans, (1958) lorsqu’il rejoint l’équipe du FLN basée à Tunis. Au lendemain de l’indépendance, il devient entraineur-joueur de l’USMA des El Okbi, Belbekri, Meziani, Aftouche, Rebbih (Krimo), Djemaa, Madani, Bernaoui… qui gagne le 1er titre national.
En 1967, il entraine, avec Hamid Zouba, l’équipe nationale avant de prendre en main les destinées de la JSK. Il est hélas victime d’un grave accident de la route au retour d’une séance d’entrainement sur le trajet Tizi-Ouzou-Alger. Il avait à peine 43 ans laissant l’image d’un footballeur et entraineur mais aussi celle d’un homme modèle. Il est à noter que la coupe d’Algérie de la catégorie cadette porte le nom du regretté Abdelaziz Bentifour.
Mokhtar Aribi, le père spirituel du second souffle sétifien !
Mokhtar Arbi restera pour les Sétifiens un nom inoubliable. Débutant sa carrière de footballeur à l’âge de treize ans au sein de l’USMS où il évoluera chez les ainés à seulement dix-sept ans, avant d’opter pour le Mouloudia d’Alger qu’il rejoindra à l’âge de vingtans, durant la saison 1945/46. Imposant par sa réussite sportive et sa personnalité, le regretté Mokhtar Aribi, décédé le 4 septembre 1988, à l’âge de 65 ans, signera sa première licence pro avec l’équipe française de Sète qui accueillera deux autres Algériens, à savoir Rachid Mekhloufi et Abdelhamid Kermali. En 7 ans de présence à Sète, Mokhtar Aribi remportera deux coupes de France, mais préfère changer d’air, malgré l’insistance de ses dirigeants. Très demandé dans l’Hexagone, il choisit l’équipe de l’AS Cannes où très vite, il devient la figure de proue, s’illustrant à chacune de ses rencontres. Titulaire intouchable, il quitte tout de même l’équipe de Cannes et décide de porter les couleurs de l’équipe tunisienne de Hammam Lif où là aussi il ne fera qu’une petite halte. Contacté par les responsables du FLN, il ralliera Tunis au mois d’avril 1958, non sans avoir été derrière la venue de nombreux joueurs algériens évoluant en France, notamment dans quelques-uns des grands clubs pro (Monaco, Saint-Etienne, Bordeaux, Reims, Lyon…). A l’indépendance, il deviendra l’entraineur attitré de l’ESS (il dirigea cette équipe à maintes reprises de 1962 à 87). Connu pour être le père spirituel du second souffle sétifien, le regretté Mokhtar Aribi décrochera le premier titre majeur avec l’équipe de Ain El Fouara, vainqueur de la coupe d’Afrique des clubs champion en 1988, alors qu’elle évoluait en Division 2. Très sollicité et forçant le respect, il prendra en main les destinées du Stade sétifien, de l’USM Sétif, l’ESS, le CS Sfax et l’équipe nationale espoir. A chaque fois, il se montrera à la hauteur de sa réputation.
Abdelhamid Kermali, la CAN1990 à Alger restera son symbole le plus représentatif
Né le 24 avril 1931 à Akbou (Béjaia) et décédé le 13 avril 2013 à Setif à l’âge de 81 ans, le regretté Abdelhamid Kermali restera un nom qui colle à la grande histoire du football sétifien et de la glorieuse équipe du FLN. Avant-centre et parfois attaquant polyvalent, le regretté Abdelhamid Kermali a débuté sa carrière de joueur en 1948 à l’USM Sétif où il restera jusqu’à la fin de la saison 1951 avant de passer une saison (51-52) chez l’USM Alger qui lui a valu une suspension de 2 années, en raison de la signature d’une double licence (USMS-USMA). Parti en France avec des amis sans l’intention de renouer avec le ballon, il finit par signer au FC Mulhouse pour la saison 1952/53. Se montrant à la hauteur de l’attente des responsables, il s’impose comme titulaire et buteur attitré. Toutefois, même s’il arrive à nettement tirer son épingle du jeu, il quitte Mulhouse et atterrit à l’AS Cannes où évolue l’autre Algérien Mustapha Zitouni, réelle pièce maitresse de l’équipe. Après deux saisons passées sur laCôte d’Azur, le regretté Abdelhamid Kermali change à nouveau de club, lui qui est de mieux en mieux en confiance et ne craint nullement la concurrence, aussi dure soit-elle. De 1955 à 58, il fera les beaux jours du grand Olympique Lyonnais. C’est tout naturellement qu’il devient titulaire à part entière, malgré les grands noms de l’équipe. Il joue 65 matchs et réussit à marquer 13 buts. Malgré une présence riche en grands moments, le défunt Abdelhamid Kermali quitte l’équipe et la France pour rallier, à l’instar d’autres compatriotes Tunis, sur ordre des responsables du FLN. Au lendemain de l’indépendance, il portera les couleurs de l’USMS (1962-66) et de l’ESS (1966-67). En passant de l’autre côté de la barrière, il deviendra l’entraineur de l’équipe tunisienne de la Marsa (80/81), du MCA (83/84, 88/90, 98/99) avec qui il a notamment remporté le championnat de 1999, l’US Chaouia (92/93 et 95/96), Al Itihad de Tripoli (94/95), l’ESS (2003/2004), HB Chelghoum Laïd (2004/2005). Son symbole le plus représentatif restera le titre africain (le 1er du genre), remporté en 1990 à Alger par l’équipe nationale dans une ambiance explosive et un stade du 5-Juillet plein à craquer (80 000 spectateurs) devant le onze du Nigeria (1-0, but de Oudjani).
Saïd Amara, un fidèle serviteur au long cours
Joueur emblématique de la glorieuse équipe du FLN, le regretté Saïd Amara, né le 11 mars 1933 à Saida, décédé le 2 août 2020 à l’âge de 87 ans, a débuté sa carrière de footballeur durant la saison 1945/46 au sein de l’équipe du GCS (Gaieté Club de Saida). Très doué, il se distingue très vite au poste d’avant-centre mais aussi comme meneur de jeu (N° 10) il tape dans l’œil des responsables du SC Bel Abbès qui le recrutent durant la saison 1954/55. S’adaptant très vite au sein de cette équipe qui regorge de joueurs talentueux à l’image du célébrissime marocain Larbi Benbarek, qui a fait une longue carrière en équipe de France (de 1938 à 54), le regretté Saïd Amara devient très vite une des pièces maitresses de l’équipe de la Mekerra. En 1956, il est contraint comme tous les footballeurs musulmans d’arrêter de jouer sur ordre du FLN. C’est durant la saison 1956/57 qu’il reprend du service et passe un palier supplémentaire. Il signe une licence pro avec le club français, le RC Strasbourg, qui venait de remporter la coupe de France. Trouvant là aussi très vite ses marques, il provoque à son sujet des commentaires élogieux dès ses premières apparitions. Epatant et efficace à la fois, il ne rate pas l’occasion de démontrer un potentiel séduisant. Malgré sa belle réussite, il quitte Strasbourg pour Béziers qui accède en Division 1. Durant deux saisons (1957/58 et 1958/59) Said Amara étale régulièrement sa vitalité et sa puissance. Contacté par Mohamed Maouche, il rejoint avec ce dernier et six autres joueurs Tunis où se trouve le siège de l’équipe du FLN. En 1961, Saïd Amara et Saïd Haddad suivent un stage d’entraineur à Hammam Lif. Sitôt le diplôme en poche, il prend en main l’équipe de Mahdia qui accède en Division 1. En 1962, il retourne en France et évolue aux Girondins de Bordeaux durant deux saisons (1962 à 64). Là aussi, il arrive à se révéler pleinement. Dès son retour en Algérie, le regretté Saïd Amara deviendra entraineur-joueur de l’équipe de Saida, sa ville natale, avec laquelle il a l’insigne mérite de remporter la coupe d’Algérie en 1965. Il mettra également à profit ses qualités de technicien et d’éducateur à Tiaret, l’équipe qui lui été conseillée par le regretté Kaid Ahmed, haut responsable du FLN. Devenu grand serviteur du football national, Saïd Amara, connu pour son franc-parler et ses positions souvent radicales, deviendra DTN, président de la ligue régionale de Saida et membre de la direction de développement de la CAF.
Mourad Abdelouahab, la sagesse au service du football
Né en 1950, et décédé à Paris le 13 août 2008, des suites d’une longue maladie, le regretté Mourad Abdelouahab a longtemps été un entraineur incontournable du paysage footballistique algérien. En plus de quarante ans de terrain, il a réalisé un travail colossal au sein de différente formations mais aussi au niveau de la sélection nationale où il a secondé le regretté Abdelhamid Kermali (titre africain de 1990 à Alger) Ali Fergani, Hamid Zouba et Noureddine Saâdi. Prouvant ses compétences, Mourad Abdelouahab, ancien cadre du MJS, chargé de la programmation à l’OCO, a fait ses premiers pas avec l’équipe du WAB avant de devenir entraineur des gardiens de but, entraineur et manager de quelques-uns des clubs les plus huppés, comme l’USMA (2003/2004) avec laquelle il s’est qualifié aux demi-finales de la Champions League africaine et le CRB avec qui il a remporté le championnat de 2000. Passionné par son métier qu’il a honoré au mieux, Mourad Abdelouhab a dirigé de nombreux autres clubs, à l’image de l’USMH, du MOB, du WAB mais aussi certaines équipes du Golfe. Outres ses compétences avérées, il s’est toujours distingué par ses qualités morales irréprochables. Sa disparition à la fleur de l’âge a laissé un grand vide.
Noureddine Saâdi, l’entraîneur et l’ami de tous
Né le 6 mai 1950 à Bouzguene (Tizi-Ouzou), décédé à 71 ans des suites du Covid-19 le 19 juillet 2021, feu Noureddine Saâdi était respecté sur tous les terrains en Algérie et loué pour son comportement exemplaire sur le terrain et en dehors, mais également pour son franc-parler et sa bonhomie. Conseiller en sport et enseignant à l’ISTS, il est devenu un entraineur incontournable. En juin 1979, à tout juste 29 ans, il devient l’entraineur de l’équipe nationale junior avant de diriger quelques années après la Direction technique nationale (DTN) et faire partie du staff de l’équipe A (Kermali, Abdelouahab, Fergani, Saâdi), vainqueur de la coupe d’Afrique des nations remportée à Alger en 1990. Il polira davantage son palmarès en remportant avec la JSK la Coupe d’Afrique et la Supercoupe en 1992, la coupe d’Algérie et le championnat avec l’USMA en 2001 et 2002. NoureddineSaâdi, qui n’a pas cessé de bourlinguer, a également dirigé le MCA, l’USMB, le MOB, l’ESS, l’ASO, la JSMB, le MCEE, l’ASMO, le Ahly de Benghazi et le CA Bizerte. Avec ses « bagages » reconnus en matière de football et d’entrainement, mais aussi son bagout, il est devenu le consultant privilégié des plateaux de télévision, lui qui refusait de prendre deux clubs durant la même saison.
Abdenour Belkheir