Chronique : Spéculations 

La spéculation sur les produits alimentaires met les services de sécurité et de la répression de fraudes tout le temps sur la brèche. Les saisies se multiplient en conséquence, notamment de farine et de semoule, qui sont devenues des denrées plus précieuses que l’or depuis que la guerre a éclaté entre la Russie et l’Ukraine, deux gros fournisseurs mondiaux de céréales.
Manque de pot, la crise des approvisionnements tombe en plein ramadhan, période durant laquelle la consommation de ces produits explose pour la fabrication de toutes sortes de mets et gâteaux. Il est donc à parier que ces services auront du pain sur la planche pour faire avorter les plans machiavéliques visant à empêcher les Algériens de faire bombance tous les crépuscule de ce mois sacré sans avoir à se ruiner. De toutes les façons, le consommateur à la possibilité d’échapper à ses tortionnaires en ayant recours aux marchés de proximité pour faire leurs emplettes à prix cassés, grâce à la générosité de l’État-providence. C’est le moyen le plus efficace qui est encore été trouvé pour réduire les nuisances des spéculateurs de tous acabits. Ce que le citoyen n’arrive pas à décoder, c’est pourquoi ces marchés de proximité ne sont-ils autorisé qu’un mois sur douze. A ce qu’on sait, sans avoir besoin de statistiques pour cela, les spéculateurs ne partent pas en vacances entre l’aïd el fitr et le ramadan prochain. Les statistiques, au fait, tiennent bonne place dans le monde d’aujourd’hui. Mais il y a des façons de chiffrer les choses qui peuvent parfois faire tiquer. Par exemple, quand le ministère de la santé annonce que le nombre d’infections au covid-19 ces dernières 24 heures s’est élevé à 8 cas, qu’il y a 40 wilayas où aucun cas n’a été enregistré, tandis que dans 8 wilayas il y a eu entre 1 et 9 cas. Comme il n’y a que 8 cas dans 8 wilayas, on en déduit logiquement qu’il y a eu 1 cas par wilaya. Pourquoi ne le dit-on pas aussi simplement ? On se demande aussi pourquoi le ministère ne comptabilise que 48 wilayas alors qu’il y en 58 dans le pays. La réponse tient certainement au fait qu’il n’y a pas encore de structures de dépistage dans ces nouvelles wilayas. Tout cela pour dire que les statistiques révèlent autant qu’elles servent à cacher des choses, que cela se fasse par omission ou par des généralisations qui effacent les détails gênants. Et quand il n’y a pas de statistiques, eh bien, le ramadan s’y prête, on fait des spéculations !
Ouali Mouterfi