Classe moyenne et pouvoir d’achat : Dans l’étau de l’inflation

De la stabilité et de la prospérité de la classe moyenne dépendent souvent la force et la crédibilité d’un système politique. Celle-ci est une sorte de zone tampon, et la consommation, facteur essentiel de croissance, caractérise ceux qui en font partie. Il est connu que les cadres et les professions libérales jouissent d’une relative aisance. Ils ne font pas partie de la minorité des riches moins nombreuse et portée surtout sur des dépenses de prestige. Elle n’a rien à voir non plus avec ceux qui tirent le diable par la queue, arrivant à peine à subvenir à leurs besoins. En Algérie, il  est vrai que l’ampleur de l’informel fausse toute analyse. Pour autant, ces dernières années, des revalorisations de salaires ont permis de voir apparaître une classe moyenne forte. Qu’en reste-t-il aujourd’hui et surtout comment le coût de la vie a érodé son pouvoir d’achat et ses habitudes de consommation. Dans nos articles, vous saurez pourquoi et comment.

 

Le taux global de l’inflation a grimpé, en une année, de 6% pour franchir le seuil de 9,2% en octobre 2021, selon le rapport de la Banque d’Algérie, suscitant ainsi l’inquiétude quant à la dégringolade démesurée du pouvoir d’achat de la classe moyenne. En effet, les retombées de l’inflation se font sentir dans les prix des produits de large consommation qui connaissent une flambée grandissante, notamment les céréales, l’huile, les légumes secs, les produits laitiers, les fruits et légumes et les viandes…  La flambée des prix a touché tous les produits sans exception. Les bourses moyennes peinent, de plus en plus, à accéder à un niveau de vie meilleur et à faire des économies. Aujourd’hui, les perspectives se limitent à gérer son budget au jour le jour.
Selon la Banque d’Algérie, l’évolution du taux global de l’inflation reflète l’augmentation des prix des produits alimentaires de base, passant de 1,8% en octobre 2020 à 14,4% en octobre 2021. De même que les produits agricoles ont enregistré une courbe ascendante allant de 1,9% à 16,5% durant la même période. Les services, eux, ont évolué de 0,7% à 2,3%, quant aux produits manufacturés, ils se sont établis à 6,2%.
Pour le président de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (Anca) Hadj Tahar Boulenouar, l’érosion du pouvoir d’achat est due à plusieurs facteurs. D’abord, l’inflation que connaît le marché international, suite à la paralysie de la machine économique mondiale et les chamboulements au niveau du transport maritime des marchandises, engendrés par la pandémie de la Covid-19.
«L’économie nationale est étroitement liée au marché mondial, à travers l’importation des marchandises finies ou des matières premières et  intrants nécessaires pour la production nationale. Toute crise affectant le marché mondial se répercute systématiquement sur les prix du marché local», affirme-t-il.
La contrebande et la spéculation en rajoutent une couche
L’autre phénomène est  la contrebande qui vise les produits alimentaires et le carburant subventionnés qui risque de mettre à genoux l’économie nationale. Le président de l’Anca voit que la contrebande accentue le problème de la pénurie de certains produits, provoquant une hausse des prix, notamment au niveau des villes frontalières.
Selon lui, la spéculation a contribué, durant la période de la crise sanitaire, à la dégradation du pouvoir d’achat des ménages qui a poussé les pouvoirs publics à engager des mesures d’urgence pour assurer une certaine stabilité des prix en inondant le marché par les produits faisant l’objet de spéculation, à l’image de la pomme de terre, de la farine et récemment de l’huile de table. Et pour sévir contre les spéculateurs, il a été décidé au haut sommet de l’Etat la promulgation d’un texte de loi criminalisant ces pratiques commerciales préjudiciables à l’économie nationale. D’autres dispositions ont été également prises pour protéger la classe aux faibles revenus, notamment la revue à la hausse du salaire national minimal garanti (SNMG) à 20.000 DA et l’annulation de l’IRG pour les salaires inférieurs à 30.000DA. Malheureusement, ce n’est plus cette catégorie qui nécessite une protection de ses revenus, puisque le cercle d’appauvrissement s’élargit à la classe moyenne.
Cependant, Boulenouar reste optimiste estimant qu’un changement de la donne est possible si une véritable machine économique se met en branle à compter de 2023, à condition que 2022 soit l’année des grandes réformes d’ordre administratif, juridique et surtout bancaire.
A. Mehdid