Commentaire : Ballade en fumée

Le tabagisme est un mal endémique qui garde tout son panache même s’il n’est que de la fumée. Depuis sa découverte, il a séduit peuples et rois, jeunes et vieux, femmes et adolescentes. Pourtant, les médecins ne cessent de mettre en garde contre ce mal absolu. Pour beaucoup d’entre eux, c’est même la maladie du siècle qu’il faut absolument éradiquer ou, à défaut, en réduire sa consommation par une panoplie de textes de loi et d’interdiction de sa consommation notamment dans les  espaces publics.

Il est vrai que les chiffres de la consommation mondiale donnent le tournis car ils sont faramineux et surtout fort inquiétants. La baisse enregistrée de sa consommation dans le monde, surtout dans les pays occidentaux et riches, ne veut nullement dire que la guerre est gagnée. Ce n’est qu’une bataille de remportée sur les ravages du tabagisme qui tue au quotidien, sans distinction de race, d’âge et de religion, des milliers de personnes.
On a beau dire, les chiffres sont têtus et traduisent bien une triste réalité de notre époque. Dans les pays les plus pauvres, le budget consacré au tabac dépasse parfois celui de l’éducation des enfants, dans nombre de ménages. La lutte contre le tabagisme est affaire de tous. C’est un long combat pas du tout facile à gagner car la cigarette séduit les jeunes, et le cinéma continue encore à véhiculer l’image d’une blonde ou d’une brune que l’on «grille» pour oublier un moment de détresse.
Ce type de message est mille fois plus efficace qu’une publicité. Il s’incruste d’une manière pernicieuse pour résister dans le temps. Ce n’est pas une journée sans tabac qu’il faut mais des remparts à sa prolifération plus efficaces qu’il faut édifier en permanence.
Il ne faut surtout pas trouver ingénieux des produits de remplacement dits moins nocifs que la cigarette, telle la version électronique du poison, appelée pompeusement la vapoteuse. Cela fait gagner de l’argent aux industriels mais ce produit de substitution tue également. Ce dilemme que résume à merveille Georges Moustaki, en conclusion de sa chanson «Ballade en fumée».
«Certains vont battre la campagne/
Te dénoncer comme un poison/
Moi je t’accueille en ma maison/
Et je fais de toi ma compagne/
Même s’ils ont un peu raison».
En fait, la cigarette fait des ravages insoupçonnables à tout point de vue. Il y a nécessité urgente de prendre le taureau par les cornes et s’atteler à combattre ce fléau puisque s’en est un, avec tous les moyens possibles et imaginables.
Abdelkrim Tazaroute