Commentaire : Beylik et Rattus

Qui a dit que l’animal préféré des Algériens était le chardonneret ? Ce volatile a du succès, au point d’avoir presque disparu de nos paysages, mais la véritable star est rattus norvegicus dont la capacité de prolifération le met à l’abri de tout risque de subite disparition. Contrairement à son appellation, il ne vient pas de Norvège. En réalité, tous les rats du genre rattus sont originaires de Chine, nous apprend l’encyclopédie Wikipedia.

Rattus norvegicus, c’est tout simplement le rat d’égout. Il est gris, il est assez gros et il pullule autour de nos poubelles qui débordent plus souvent qu’elles ne sont vidées. Rattus trouve sa pitance sans aucune peine dans ce fouillis de nourriture périmée ou pas dont se débarrassent quotidiennement les ménages, et de déchets organiques jetées par tonnes chaque jour dans nos villes. Rattus n’a aucune gêne à se servir dans une poubelle, la plupart du temps il vit dans des égouts, caves insalubres et autres coins sombres, même s’il ne s’abstient pas de faire des escapades dans les appartements quand l’occasion se présente à lui. Pour lui, il n’y a rien d’infamant, et il n’est pas très regardant en matière de nourriture. Le Ramadhan est la période qu’il préfère. Contrairement aux humains qui jeûnent, le Ramadhan est synonyme de bombance. Il n’en revient pas de trouver 7 sur 7 et en H24 de quoi faire ripaille jusqu’à s’éclater l’estomac. Des légumes, et des fruits, du pain, de la brioche et des tartes, des yaourts et du fromage, du cachir et du pâté… Bref, c’est resto de grand chef à tous les coins de poubelle.
Le Ramadhan, les Algériens surconsomment, mais pas que. Ils sur-gaspillent aussi, pour le plus grand bonheur de la gentrattus et accessoirement pour les chiens errants et les chats de gouttière. Outre ce comportement «irrationnel», il faut mettre à sa charge un autre «tic», celui de balancer ses ordures à n’importe quel moment, n’importe où et n’importe comment ! Cela n’est pas pour agrémenter un environnement déjà passablement dégradé. Dans les conditions actuelles, aucune entreprise de nettoyage ne pourra l’assainir convenablement, quels que soient les moyens mis à contribution. Il y a certainement des solutions efficaces, puisqu’il existe de par le monde des métropoles de plusieurs dizaines de millions d’habitants qui sont bien plus propres que nos agglomérations qui, convenons-en, restent de tailles encore modestes. A la base toutefois, il y a toujours le niveau d’éducation du citoyen. S’il y a réflexion, c’est comment amener les Algériens à être, dans leur grande majorité, respectueux de l’hygiène et de la propreté hors leur logis ? Une piste: les débarrasser de la mentalité de «beylik».
Ouali Mouterfi