Commentaire : Brevet d’efficacité

Le brevet d’enseignement moyen (BEM) est dans la ligne de mire de près de 740.000 candidats qui devront toutefois faire preuve de leurs compétences au fil des épreuves auxquelles ils ont commencé à être soumis depuis ce lundi.

Cette statistique renseigne tout d’abord du chemin parcouru par l’Algérie dans le domaine de l’éducation. Qu’il s’agisse de construire des établissements scolaires, de former des enseignants et de fournir une multitude de services aux élèves, le pays a fait d’énormes efforts depuis l’indépendance, en consacrant annuellement à ce secteur près du quart de son budget. La démocratisation de l’enseignement reste encore aujourd’hui au cœur des politiques éducatives des pouvoirs publics, sachant que la population reste très attachée à cette revendication priorisée déjà dans toute la littérature révolutionnaire du mouvement nationaliste algérien. Même si la qualité de cet enseignement est souvent mise à l’index, même si les diplômes ne sont plus synonymes de réussite et de promotion sociale comme ils l’étaient avant, les familles algériennes ont toujours à cœur d’instruire leurs enfants.
Il suffit de constater l’inquiétude qui étreint les parents à la fin de l’année, pour le passage aux classes supérieures ou lors des examens du BEM et du bac, de quantifier les sacrifices financiers qu’ils consentent pour leur assurer des cours particuliers afin de rattraper le retard dans une quelconque matière ou avoir une petite longueur d’avance pour mieux assimiler les matières enseignées, outre les soucis du quotidien de l’élève qu’ils doivent aussi prendre en charge. Bien sûr, les inégalités dans l’éducation ne sont pas toutes effacées et les déperditions sont importantes, mais beaucoup est fait pour réduire ces fractures. Et il reste en effet beaucoup à faire pour que les classes ne comptent plus 50 élèves, que l’école ne fonctionne plus qu’en simple vacation, que les instituteurs soient plus pédagogues, les livres scolaires disponibles et de qualité en matière de contenu, etc. Bien sûr des réformes ont été implémentées, avec plus ou moins de bonheur, car le consensus ne s’est malheureusement pas entièrement formé sur ce que l’école doit dispenser comme savoir, culture, identité et valeurs à l’enfant algérien. Chacun se rappelle l’onde de triche qui a secoué le déroulement du bac et du BEM ces dernières années.
Le phénomène était d’une gravité telle que cela remettait en cause la validité des résultats de ces examens et mettait le doute sur la capacité de l’État à organiser et contrôler le déroulement de ces importantes échéances. Bienheureusement, cette délicate période a été dépassée. Les fuites des sujets sont de l’histoire ancienne, Internet n’est plus coupé, les mesures drastiques ne sont plus nécessaires. Bien sûr, il y aura toujours un petit malin qui parviendra à copier, mais ce sera anecdotique, comme auparavant. Le mieux serait qu’un jour le système éducatif national décroche le brevet d’efficacité et de qualité de sorte que les examens du BEN et du bac deviennent inutiles et soient tout simplement supprimés. C’est peut-être encore utopique, alors on pourrait se satisfaire de voir 99% des élèves réussir leur examen.
Ouali Mouterfi