Commentaire : Contrat social

La conjoncture avait laissé penser que le projet de levée du système des subventions généralisées avait été remisé au placard. En effet, la situation, avec le retour à un prix du baril qui ne cessait de grimper, a fait croire que cet objectif n’était politiquement plus une urgence économique. Mieux, l’Algérie s’est permise de mettre en place une allocation chômage pour les primo-demandeurs d’emploi, ce qui est une première sur le continent africain autant que dans la zone arabe.

L’annonce récente du président de la République, lors d’une entrevue avec la presse nationale, vient confirmer qu’il n’en est rien. En effet, a-t-il indiqué, une commission chargée de la révision des subventions publiques sera mise en place dès le mois prochain. L’objectif des pouvoirs publics est de passer des subventions généralisées, qui profitent autant sinon plus aux riches qu’aux pauvres, vers un système plus ciblé qui les oriente vers ses véritables bénéficiaires. La question étant très sensible, cette commission regroupera l’ensemble des acteurs politiques et aura la tâche de définir les contours du nouveau mécanisme d’aide aux couches vulnérables qui, selon les propos du chef de l’Etat, doit être opérationnel d’ici à la fin de l’année et touchera «certains produits».
La réforme du système des subventions n’est non seulement pas abandonnée, mais un horizon lui a été fixé pour son application, c’est-à -dire dès l’année prochaine. Il faut dire que son poids financier devenait de plus en plus insupportable. D’abord pour le budget du pays qui ne bénéficie plus d’une rente conséquente par les hydrocarbures, ensuite pour le gaspillage insensé qui est fait des biens subventionnés, d’autant qu’il s’accompagne d’une injustice sociale flagrante au profit des riches et des réseaux de contrebandes, les deux se confondant le plus souvent, qui détournent l’essentiel de ressources allouées. Le président de la République a cité l’exemple du blé qui va engraisser les vaches et les propriétaires de minoteries et nourrit, à moindres frais, des populations étrangères à travers son exportation frauduleuse ou pas. C’est le cas aussi pour le lait, le sucre ou l’huile. Des milliards de dollars qui passent dans les poches d’indus profiteurs. Pour autant, il ne faut pas, sous ce prétexte, sanctionner la couche moyenne.
Cette dernière souffre déjà d’appauvrissement de manière inquiétante. Il ne s’agit pas uniquement de relever un salaire, car celui-ci sera vite rattrapé par les hausses des prix des biens et services qui ne manqueront pas de se produire à l’application de la levée des subventions. Il faut aussi lutter contre la spéculation effrénée et l’inflation importée pour protéger le pouvoir d’achat de la population, et agir pour améliorer progressivement le niveau de vie général. Modifier le contrat social exigera nécessairement de redéfinir un nouvel équilibre.
Ouali Mouterfi