Commentaire : Des liens prometteurs

Par Ouali Mouterfi

Ce qui explique que le ciel des relations entre Alger et Rome reste toujours serein ? Un profond respect mutuel qui surpasse toujours les différends conjoncturels et un sentiment d’amitié que l’on peut rarement évoquer entre des Etats, généralement obnubilés par leurs intérêts étroits. Au cœur de leur lutte révolutionnaire contre le colonialisme, les Algériens ont pu trouver chez les Italiens un précieux soutien et une chaleureuse solidarité. A l’indépendance, c’est un partenaire fiable que l’Algérie trouvera en l’Italie, dans la coopération culturelle, pour former sa ressource humaine, réaliser des infrastructures et bâtir des usines. Au cœur de ce partenariat se trouvait bien évidemment une coopération stratégique dans le domaine des hydrocarbures, incrustée à tous les niveaux de la chaîne de valeur. L’Italie devient un important client de l’Algérie pour le gaz, grâce au pipeline qui relie les deux pays. Si la coopération économique hors hydrocarbures, quelques années plus tard, sera moins dense, les relations politiques, quant à elles, ne s’assombriront jamais et ne souffriront ni de la lutte antiterroriste, ni de la question du Sahara occidental, ni de la situation en Libye. L’Algérie est d’ailleurs le premier partenaire commercial de l’Italie sur le continent africain et dans la zone Mena. La guerre en Ukraine et la crise énergétique qui s’en est suivie ont eu comme conséquence de révéler la possibilité et la viabilité d’un axe Alger-Rome pour la fourniture de gaz à une Europe décidée à s’affranchir de sa dépendance au gaz russe. L’Italie, avec le développement attendu
de la production gazière en Algérie et le transport du gaz africain vers les marchés européens, est ainsi bien partie pour devenir le hub gazier du Vieux continent, au grand dam de l’Espagne qui nourrissait cette ambition. Bien plus que cela même, puisque cette stratégie s’ouvre au développement des énergies renouvelables, notamment le solaire photovoltaïque et la production d’hydrogène, des flèches déjà dans le carquois des coopérations entre les deux capitales.
Si l’énergie est son noyau dur, et continuera d’attirer le gros des investissements pour des raisons évidentes, le partenariat stratégique algéro-italien a aussi toutes les chances de s’épanouir dans divers autres champs d’activité, y compris l’industrie militaire. Nul doute que cette perspective est d’ores et déjà encouragée par les initiatives d’assainissement du climat des affaires en Algérie, parmi lesquelles l’adoption récente du nouveau code de l’investissement. Dans cet engagement qui lui assure la sécurité énergétique et un marché prometteur, l’Italie gagnera certainement de la croissance et de la compétitivité par rapport à ses voisins européens. L’Algérie, de son côté, bénéficiera d’une expérience de valeur et d’un transfert de compétence d’un associé loyal, véritablement inscrit dans un partenariat gagnant-gagnant. La région maghrébine, la zone méditerranéenne y puiseront des arguments pour l’établissement d’un climat de paix et poser les bases d’une prospérité partagée. La conjonction est favorable à cette alliance prometteuse à tous points de vue.
O. M.