Commentaire: Epargne, compétitivité et efficacité

Par Ouali Mouterfi

Pour le citoyen lambda, la question du transport ne se pose que lorsqu’il doit se déplacer, ou déplacer une charge, d’un endroit à un autre. Le transport n’est appréhendé que sous cet angle utilitaire. Certes, l’établissement et l’entretien de relations entre citoyens d’un même pays, qu’elles soient de parenté, amicales ou autres, si nécessaires à la cohésion sociale et la densité dépend fortement des moyens de transport disponibles et accessibles. Mais il n’y a pas que cet aspect premier. Le transport régule entièrement les flux d’échanges à l’intérieur d’un pays ou entre pays divers. La bonne marche de la machine économique découle de la qualité de la chaîne de transport qui s’avère finalement être un rouage vital. Il suffit, pour s’en assurer, de constater, à titre d’exemple, l’impact sur le prix des denrées depuis l’intrusion de la Covid-19, qui a totalement désorganisé la circulation des biens, entraînant des délais d’acheminement plus longs des marchandises et des surcoûts importants. Cela grève les budgets des pays à modestes revenus, dont les citoyens ressentent en premier les effets pervers tant sur la disponibilité, notamment des produits de base, que sur les prix de cession des divers biens. Pour l’Algérie, la question est encore plus fondamentale. En effet, avec une chaîne de transport nationale des plus modestes, notamment en matière de transport maritime sachant que ses échanges extérieurs se font essentiellement par cette voie, notre pays perd annuellement des milliards en devises fortes qui auraient pu servir avec plus d’efficience à la diversification de son économie, à étoffer ses infrastructures, ou, mieux, au développement humain. Ces considérations n’échappent nullement ni aux planificateurs du développement du pays ni à ses décideurs politiques. Chacun sait que la nanification du secteur du transport est étroitement liée à des intérêts de lobbies dissimulés dans les rouages de l’appareil bureaucratique de l’Etat. Ces derniers s’alarment et se mobilisent contre toute tentative de se faire déposséder de cette rente qui les lie à l’étranger. Il y a toutefois des degrés de dépendance que l’Etat ne peut supporter sans danger pour son intégrité. De plus, il est peu concevable qu’une économie d’exportations puisse être bâtie sans que soit construite en parallèle une force logistique conséquente, utilisant tous les modes de transport dont le développement est possible et viable. En s’engageant dans cette voie, l’Algérie engrangerait plusieurs gains : elle épargnerait des ressources en devises fortes rares, tout en gagnant en compétitivité sur les marchés extérieurs et en efficacité sur le plan interne.
 O. M.