Commentaire : Frénésie festive

    Les nuits du mois de Ramadhan sont propices aux sorties. C’est archi connu, même s’il faut convenir que l’avènement de la télévision satellitaire a modifié les habitudes des Algériens. Les sketchs et autres feuilletons, du moins pour la grande majorité qui préfère garder les yeux rivés sur le petit écran pour suivre les péripéties des histoires contées. Cela n’empêche pas quelques sorties, surtout si elles sont abordables sur le plan financier.

L’offre existe, et elle émane des institutions étatiques et des initiatives privées. La musique tient généralement le haut du pavé et donne l’occasion à des divertissements de qualité. Les stars attirent la grande foule, comme c’est le cas pour Aït-Menguellet et Akli Yahiatène,  deux ténors de la chanson kabyle. Il y en a pour tous les goûts, du chaâbi, de l’andalou, du moderne et de la musique kabyle. Le théâtre est aussi prisé pour les thématiques sociales abordées et l’humour qui s’infiltre en filigrane. Par le passé, le grand El Hachemi Guerouabi tenait l’affiche durant trois jours à la salle Ibn Khaldoun, et la salle Ibn Zeydoun privilégiait les groupes de la chanson moderne qu’affectionnaient particulièrement les jeunes. L’humour avec Bouakkaz et la musique avec Jam vont sillonner le pays, et cette initiative de deux acteurs culturels est vraiment à encourager. D’autres artistes devraient suivre l’exemple au lieu d’attendre une hypothétique programmation par un organisme donné.
Hasna El Bacharia sera à l’Opéra et promet un authentique voyage initiatique à travers sa musique. Le cinéma n’est pas en reste, et quand les écrans s’illuminent, le public répond. Cette résurrection culturelle aura été totale si des rencontres littéraires étaient présentes, ce qui n’est malheureusement pas le cas.
Pour le reste, comme nous entamons la deuxième partie du mois de Ramadhan, les Algériennes surtout essayent de joindre l’utile à l’agréable en optant pour le shopping. L’Aïd, la grande fête, approche, et il faut comme le veut la tradition que les enfants soient beaux avec leurs habits tout neufs. Cela crée de l’ambiance, et rien n’empêche une fois les courses terminées, de s’attabler pour des brochettes, une pizza ou carrément des glaces.
Les hommes, eux, préfèrent enchaîner les parties de cartes. Dans certaines villes de l’intérieur, les Algériens s’adonnent au jeu du loto, c’est passionnant, et on peut repartir avec un bon pactole. Ce divertissement n’apparaît que durant le mois de Ramadhan, et s’il n’est pas interdit, on dira qu’il est autorisé. Vraisemblablement, la frénésie festive est la source de motivation des sorties des Algériens. La convivialité aussi est recherchée désespérément.
 Abdelkrim Tazaroute