Commentaire : Jour de farniente

Par Ouali Mouterfi

Le 1er Mai devrait remémorer à chaque salarié de la planète les âpres luttes ouvrières qui ont permis d’humaniser quelque peu le monde du travail. Juste pour rappel, la fête du Travail n’est pas née dans les républiques soviétiques, mais bien aux USA, aux alentours des années 1880. Il y a encore peu, dans presque tous les pays, se célébrait cette date sinon avec le faste idéologique de certains régimes, du moins avec la détermination de continuer le combat pour la conquête de droits encore bafoués. Aujourd’hui,
les choses se sont décantées. La foi syndicale s’est édulcorée et le pouvoir
de l’argent triomphe sur la dignité des travailleurs, érodant leurs conditions de travail et de rémunération. Le libéralisme est sans conteste le système dominant.
Si les travailleurs des pays sous développés sont, dans bien des contrées, davantage soumis à l’exploitation et à la précarité en l’absence de tout mécanisme de protection ou d’un rapport de force totalement déséquilibré, les classes laborieuses des pays industrialisés, qui ont pourtant développé des contrepoids au pouvoir des nantis et des possédants à travers des décennies de luttes syndicales et politiques, n’échappent pas à ce reflux de l’influence des défenseurs des droits des travailleurs et du faible impact de leurs actions sur l’orientation des politiques gouvernementales. L’abrasion est tout aussi concrète en Algérie. Le 1 er Mai n’est plus qu’une journée de farniente. L’UGTA n’est plus que l’ombre d’elle-même et aucun syndicat n’a vraiment émergé comme une vraie force capable de porter avec succès les revendications de leurs adhérents.
En Algérie, historiquement, l’État se pose en garant des droits des couches laborieuses. Sans aller jusqu’à se substituer aux instances syndicales, évidemment, dont l’existence est protégée par la loi. Que l’État ait conservé sa dimension sociale en dépit d’un basculement de l’économie nationale dans le libéralisme depuis plus de trois décennies maintenant, a naturellement permis de préserver les travailleurs d’une dégradation de leur niveau de vie, même si ce dernier est passé par des périodes en dents de scie. Le niveau de vie général de la population s’est amélioré,
le chômage est maintenu dans une fourchette supportable et les salaires
et pensions, auxquels il faut ajouter
la création récente d’une allocation attribuée aux primo-demandeurs d’emploi, régulièrement révisés. Dans ce cadre,
le président de la République a, ainsi,
il y a quelques jours, annoncé
une augmentation des salaires qui sera effective au début de l’an prochain.
Une bonne nouvelle qui sera davantage confortée si la spéculation est bridée, l’inflation maîtrisée, la valeur du dinar protégée et l’économie revigorée.
O. M.