Commentaire : Le désert ne sera pas ce qu’il a été

Dès qu’on évoque le Sud algérien, on pense directement au tourisme et, si l’on est un tantinet mystique, à ses nombreux lieux de retraite, loin de tout et de tous. C’est au milieu du désert écrasé par le poids du silence et du vide, et pas ailleurs, qu’on tutoie Dieu, qu’on se sent proche de Lui et qu’on est porté sur la méditation. Par habitude et réflexe, le Sahara est souvent réduit à cet aspect qui confine parfois au folklore. C’est qu’on oublie que des hommes y vivent, souffrent et espèrent de meilleures conditions de vie.

Qui d’entre nous ne rêve pas de séjourner dans des villes comme Timimoune, Djanet, passer un réveillon sur l’Assekrem ou s’offrir un tapis aux couleurs bariolées de Ghardaïa. Dunes de sable, oasis luxuriantes et Targuis sont des décors familiers dans des agences de voyages et nourrissent ce regard exotique. Depuis, on parle aussi du terrorisme, de trafics qui ont défiguré des cultures millénaires, mais le Sahara conserve intacte, malgré tout, sa magie.
Paradoxalement, dans ces contrées où jaillit l’or noir, nul ne voit apparaître des usines à l’horizon. Le dynamisme dans la vallée du Mzab est une exception qui confirme la règle. Il relève davantage d’un esprit communautaire ingénieux. En dehors de zones pétrolifères hérissées de derrick, il y a l’immensité des grands espaces et cette route à ne plus finir qui traverse des lieux vides de présence et d’activités humaines. Ces dernières années, c’est une agriculture florissante qui a surgi. Mais voilà que désormais, l’Etat songe également à développer une industrie. Verrons-nous bientôt des unités de transformation de produits agricoles ou le fer de Gara Djebilet sortir d’usines qui trancheront sur le décor habituel.
A vrai dire, il y a longtemps que l’Algérie s’est tournée vers ces vastes espaces. Elle a réalisé de nombreux projets dont la Transsaharienne qui a rompu l’isolement. A la faveur de programmes de logements, d’infrastructures administratives et d’équipements réservés aux wilayas du Sud, le paysage s’est métamorphosé. Des localités, naguère points indistincts sur les cartes, se sont vite développées. Certaines sont devenues même des wilayas. Le pays est si étendu qu’il fallait peupler ces régions et réaliser un équilibre en matière de répartition des habitants et des richesses.
L’industrie envisagée, malgré d’évidentes contraintes, peut se révéler un nouveau facteur de transformations économiques et sociales.
Pourquoi le rêve ne serait-il pas permis même là où l’on ne croit voir surgir que des mirages.
H. Rachid