Commentaire : Le prix de la carie

Par Ouali Mouterfi

Les soins dentaires sont-ils en passe de devenir un luxe ? Au vu des tarifs pratiqués actuellement et de la tendance imprimée au cours des choses, depuis plusieurs années d’ailleurs, c’est une certitude. Les soins dentaires, il est vrai, ne sont plus ce qu’ils étaient. Auparavant, cela se limitait à l’arrachage, au plombage de dents ou à la pose de bridges fabriqués artisanalement. Aujourd’hui, les prestations se sont diversifiées, les outils plus technologiques, les gestes davantage chirurgicaux. Tout cela a un coût et se répercute bien évidemment sur la facture totale. Le problème est que la Sécurité sociale ne rembourse que symboliquement ces frais, tout comme les frais ophtalmologiques d’ailleurs. Pourquoi ? Ces soins sont tout simplement considérés de confort ! Les vieux et tous les édentés non cités par la revue Forbes dans son classement des fortunés de la planète doivent ainsi se contenter, pour se sustenter, du régime «lampées de soupe» ad vitam aeternam ! Plus sérieusement, ce renchérissement des soins dentaires exclut de plus en plus de citoyens aux dents cariées et aux sourires ébréchés. Et ils sont déjà plus que nombreux, car les Algériens n’ont commencé que récemment à se soucier de leur dentition et de leur hygiène buccale. En dépit, d’ailleurs, de l’usage de la brosse à dents ou du traditionnel siwak, leur régime alimentaire trop sucré et très carencé ne favorise pas le maintien en bon état de leur dentition. Les campagnes de sensibilisation n’ont pourtant pas manqué et la médecine scolaire a toujours tenté de prévenir ces soucis, sans succès car cela n’était pas vraiment considéré comme un souci de santé publique. Bien sûr, le principe de la gratuité des soins s’applique aussi à la chirurgie dentaire dans les établissements hospitaliers publics. Toutefois, les patients se plaignent des rendez-vous éloignés, des prestations basiques et d’une qualité de soins très aléatoire, proche de celle des arracheurs de dents auxquels avaient affaire nos aïeux, car assurée par des dentistes dont le vœu le plus cher est d’officier au plus vite dans le privé.
Quelle solution ? Il n’y en a pas à court terme. Il faudrait soit un relèvement conséquent du pouvoir d’achat, soit que les pouvoirs publics considèrent le sourire des citoyens comme patrimoine à protéger de toute atteinte et obligent, d’une part, la Cnas à revoir ses prestations à la hausse et, d’autre part, les cabinets dentaires privés à baisser le prix des leurs. Autrement, c’est aux parents d’inculquer à leurs enfants de prendre soin de leur hygiène buccale pour éviter les insupportables douleurs, préserver son esthétique dentaire et garder au chaud ses dinars. Vivement aussi la démocratisation de l’impression 3D, qui permettra à chacun de fabriquer chez soi son râtelier.
O. M.