Commentaire : Le temps du made in

Quand approche l’Aïd, les rues de nos villes s’embouteillent de foules frétillantes comme des bancs de poissons à la curée et de cohortes de véhicules contrariés, rugissant d’impatience. Ceux qui veulent profiter des dernières sorties nocturnes se promènent, s’attablent aux terrasses de café ou de pizzerias, se gavent de crème glacée, de pop-corn ou de grillades et s’empressent de faire un tour de bateau pirate ou de grande roue, etc.

Les autres ont une mission délicate à remplir : achever leurs courses pour rassembler tous les ingrédients nécessaires à la fabrication des gâteaux et, surtout, contenter chaque membre de la famille avec une nouvelle tenue vestimentaire pour célébrer la fête. Les commerces sont grands ouverts et rutilent de lumières pour en mettre plein les yeux au client et l’amener à venir explorer ses rayons.
Pour l’occasion, certains se sont transformés en véritables cavernes d’Ali Baba et croulent de produits. Pour l’essentiel, ce sont des produits d’importation, d’origine européenne, turque, chinoise, etc. Mener rondement cette opération exige bien des talents pour des parents qui doivent trouver un point d’équilibre entre les exigences de leur progéniture et les conditions drastiques d’achat, c’est-à-dire des prix qui flirtent avec le ciel. Le client est pris entre l’enclume du «cher» et le marteau du «trop cher». Mais il n’a pas le choix, il doit acheter.
Alors commence la longue prospection qui permettra de faire plaisir à sa progéniture, notamment les adolescents  toujours difficiles à satisfaire, en achetant des vêtements qui conviennent à leurs goûts, c’est-à-dire à la dernière mode, et l’impérieuse nécessité de préserver sa bourse d’une crise financière aiguë. Ce sont dans ces moments que l’on regrette que l’industrie nationale des textiles et cuirs ait été liquidée. Certes, ses performances sur le plan de l’esthétique de ses produits n’étaient pas au top, mais ces fabriques avaient l’avantage de fournir une qualité assez correcte et à des prix étudiés, accessibles à toutes les bourses. Il n’est pas trop tard pour ressusciter cette industrie. La menace chinoise que l’on brandissait fatale pour cette filière dans le reste du monde s’est avérée un fake et le marché national existe et reste suffisamment porteur pour que cette industrie ait une place convenable et non pas anecdotique dans le paysage économique.
Dans tous les cas, à l’heure des relocalisations tous azimuts provoquées par la pandémie et récemment par la crise en Ukraine, l’Algérie se doit, elle aussi, pour blinder sa sécurité, de favoriser le made in national.
Ouali Mouterfi