Commentaire : Main trouée

Les Algériens ont-ils la main trouée ? Au vu de la façon dont ils laissent filer leur argent, on n’en penserait pas moins. La dépense paraît d’autant plus excessive durant le mois sacré, ce qui a été relevé depuis bien des années.

Certes, le jeûne, surtout les premiers jours, pousse le consommateur à vouloir sortir du menu habituel et l’incite à se permettre des «fantaisies» culinaires, encouragées d’ailleurs par tous les médias et les influenceurs qui y font florès, pour le plus grand bien de la famille des entrepreneurs, producteurs et commerciaux. Ces derniers ne se limitent d’ailleurs pas à exciter l’appétit et la tendance dépensière du citoyen. Ils n’hésitent nullement à forcer les prix à la hausse afin de le dépouiller au plus vite de ses sous. Une partie de cette inflation est certes importée, du moment que notre économie est encore incapable de satisfaire tous les besoins de la population, mais son rythme est accéléré autant par la contribution locale à la hausse des prix à laquelle s’ajoutent inévitablement les effets d’une spéculation que permettent les dysfonctionnements du système de distribution. Oui, mais on peut s’interroger sur cette curieuse facilité du consommateur à tout acheter, y compris quand, in fine, le gaspillage lui saute aux yeux. Si l’on se réfère aux enseignements tirés des enquêtes de consommation que mène l’Office national des statistiques, on constate que l’essentiel du revenu du ménage algérien est consacré aux dépenses alimentaires. Le reste est consommé en frais d’entretien et en achats de médicaments et soins, tandis que les dépenses liées à la culture, aux voyages et aux loisirs en général représentent la portion congrue. Rien d’étonnant à cela, le niveau de vie général de la population est modeste.
Acquérir un bien durable (voiture, immobilier…) ou s’offrir un voyage à l’étranger est devenu hors de portée de la majorité des bourses, de sorte que l’épargne leur paraît un acte sans espoir d’aboutir, d’autant plus inutile que l’inflation érodera vite les petites économies. Les catégories les plus aisées, quant à elles, ne trouvent pas occupation à leur surplus d’argent, les nouveautés étant rares dans le pays. Tout le monde se rabat donc sur le volet alimentaire, qui peut être considéré comme le segment le plus «dynamique» en termes d’offres, même si nos marchés sont loin de ressembler à ceux des économies opulentes. Non, le consommateur ne dilapide pas son argent et est loin d’être «irrationnel». En agent avisé, il s’adapte au contexte dans lequel il vit. Il n’y a aucun secret, si épargner ne sert de rien, il préférera vite dépenser, avant que ses dinars valent moins.
Ouali Mouterfi