Commentaire : Permis interdit

Le conducteur qui se voit retirer son permis de conduire vit la situation comme un drame. Il faut dire que l’Algérien a un attachement particulier à sa «fiancée mécanique», sa voiture. Mais au-delà de l’addiction qu’il peut développer, il va sans dire que la vie quotidienne dans notre pays est passablement difficile sans un moyen de transport personnel, au vu des piètres prestations qu’offrent secteurs public et privé réunis dans ce domaine.

Le retrait du permis, sanction ultime en matière d’infractions aux règles de la circulation automobile, a été instauré par les pouvoirs publics, rappelons-le à toutes fins utiles, pour lutter contre l’inflation des accidents. Les routes algériennes, selon les statistiques officielles, sont parmi les plus meurtrières au monde. Face à l’échec répété pour réduire le phénomène, en dépit de toutes les campagnes de sensibilisation, des barrages routiers et des sanctions financières, il ne restait plus que le retrait du permis comme solution ultime pour limiter ce que l’on désigne désormais sous le vocable de
«terrorisme routier» pour mieux souligner le danger que font courir aux autres usagers des conducteurs totalement irresponsables par leurs comportements. Malheureusement, cette sanction n’a à aucun moment été justifiée par des résultats probants en matière de réduction des accidents. Par contre, cela s’est traduit par des difficultés supplémentaires pour le citoyen. Pour une erreur qui lui aura coûté le retrait de son document, celui ci doit entamer un parcours parfois harassant pour le récupérer auprès des services, police ou gendarmerie, ayant appliqué la sanction. Quelqu’un de passage à Biskra, où son permis a été saisi, alors qu’il réside à Oran, doit patienter des semaines pour pouvoir le récupérer, si on ne lui annonce pas qu’il a été perdu pendant le transfert. En attendant, le citoyen sevré de conduite ne peut régler ses affaires, ne peut travailler, se déplacer aisément. C’est d’ailleurs tous ces désagréments nés de l’application de cette mesure qui n’a pas donné relativement satisfaction à l’objectif tracé qui sont à l’origine de son retrait par les pouvoirs publics, qui l’ont remplacée par une simple amende à payer par le contrevenant pour récupérer son document. Tant mieux donc pour le citoyen qui aura un peu moins de tracas à gérer. Mais qu’en est-il des accidents de la route ? Une chose de sûre, la solution tient dans un cocktail de mesures : amélioration de l’état des routes, contrôle des véhicules, lutte contre le commerce de pièces de rechange contrefaites, sensibilisation et éducation routière, et, bien sûr, quelques dispositions répressives comme les procès-verbaux et… le retrait de permis.
Ouali Mouterfi