Commentaire : Petite lueur d’espoir

Par R. Hammoudi

Dans le modèle de développement de l’Algérie, le tourisme n’a pas eu la valeur des industries à qui leurs promoteurs avaient même prêté la vertu d’être «industrialisantes». S’il ne fut pas totalement sacrifié, il n’avait pas bénéficié pas de la même attention. C’est que les revenus pétroliers pouvaient aisément dispenser de ceux d’une activité qui, il est vrai – il suffit pour cela de se tourner vers les pays
voisins – a également des effets délétères. Les pays vivant exclusivement de leur sable et leur soleil sont devenus de sortes de cartes postales qui cachent aussi un fossé qui s’en est allé grandissant. Aux sites presque réservés aux étrangers et nantis, s’oppose souvent un pays réel où les besoins élémentaires des populations sont rarement sinon jamais satisfaits. Il est surtout des destinations qui n’attirent pas seulement les amoureux de l’archéologie ou du surf.
On peut reprocher mille et une choses au tourisme en Algérie. Cela va de la qualité médiocre des prestations, à la saleté qui amoche les sites et à la cherté des prix.
Un simple repas d’une famille peut égaler presque la moitié du Smig. Mais ce qui fait
de notre pays, dont la beauté des sites et les richesses culturelles sont indéniables, un «repoussoir» relève davantage d’une sorte
de mentalité que chacun attribue à l’autre. Celle qui accepte mal que l’étranger et parfois le national se comporte librement. Ceux qui ont vécu les années 1970 et 1980 se souviennent d’un temps où les interdictions de chanter, de s’habiller court ou de ne pas respecter de manière stricte et scrupuleuse les règles de la religion, qui avait, par ailleurs, sa place et sa valeur, n’alimentaient pas cet étrange mélange fait de religiosité et de délinquance. Par une sorte de conflit de génération à l’envers, le phénomène touche beaucoup de jeunes, et les réseaux sociaux ont amplifié sa nocivité comme l’a montré récemment «l’affaire» de la consommation de glaces par les filles ou de la floraison des «plages réservées». Chacun a ses (dé)raisons au point que c’est désormais un des motifs qui poussent les Algériens à bouder et fuir leurs propres plages. Dans ce tableau déprimant, il y a tout de même une petite lueur d’espoir. Elle n’est pas seulement chez ces investisseurs qui réceptionnent de nouveaux hôtels, de aquaparcs… Il y a aussi cet intérêt de beaucoup d’Algériens qui redécouvrent, apprennent à connaître leur pays et parfois leurs régions. Qui sait, on finira peut-être par se rendre compte, comme le dit le vieux dicton, qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
H. R.