Commentaire: Point d’inflexion

Par Ouali Mouterfi

Avec l’adoption du projet de la nouvelle loi sur l’investissement, après une trop longue période de reflux économique et d’incertitudes barrées de sombres inquiétudes sur ses perspectives, c’est une étape qualitative qui s’ouvre pour l’Algérie et vient confirmer l’engagement du président de la République de concrétiser sa promesse de libérer l’acte d’investir et d’instaurer un climat des affaires favorable aux entrepreneurs. Elle ouvre ensuite les portes grand au déploiement et l’implémentation de la politique économique que le chef de l’État a fixés pour l’année en cours. Cette loi, une fois entrée en vigueur, constituera un moment disruptif avec les traditions occultes de l’ancien régime, qui ont provoqué en définitive la gangrène par la corruption des rouages de l’État et favorisé la mainmise de l’argent sale aussi bien en politique qu’en économie. L’Algérie nouvelle veut se bâtir par l’instauration de la transparence et l’égalité de traitement. Pour cela, le projet de la nouvelle loi agit principalement sur la reconfiguration du cadre institutionnel dédié à l’investissement, représenté par le Conseil national de l’investissement (CNI) et l’Agence nationale de développement d’investissement (ANDI). Le premier organisme se penchera désormais davantage sur la proposition, la coordination et l’évaluation de la mise en œuvre de la politique nationale en matière d’investissement. Le second changera d’appellation pour se consacrer au rôle de promoteur et d’accompagnateur des investissements. Techniquement, il lui revient de mettre en place un guichet unique à compétence nationale pour les grands projets et les investissements étrangers. Parallèlement, un réseau de guichets uniques décentralisés sera déployé à l’endroit de l’investissement local. La nouvelle agence se doit de mettre en place une plateforme numérique et alléger les procédures pour court-circuiter les pratiques bureaucratiques. Le projet adopté comporte également des dispositifs devant annihiler les formes d’abus de pouvoir et réduire les délais de traitement des dossiers d’investissement, de même qu’il met à contribution le système judiciaire pour traiter les recours des investisseurs s’estimant lésés. Cette nouvelle loi est aussi un point d’inflexion dans le modèle économique jusque-là suivi par l’Algérie. L’économie de l’import-import financée par les hydrocarbures devra céder progressivement place à une production à contenu local diversifiée pour une croissance auto-entretenue et pourvoyeuse de devises fortes pouvant suppléer les revenus instables issus des hydrocarbures. Les différents constituants de la nouvelle politique économique se concrétisent graduellement et commencent à s’imbriquer les uns aux autres, tandis que se déroule une intégration plus globale visant à faire émerger cette Algérie tant espérée par ses citoyens.
O. M.