Commentaire : Réactions épidermiques

Par Ouali Mouterfi

On ne peut pas dire que les Algériens deviennent des anges durant le Ramadhan. Il est vrai que la foi religieuse se ravive et le respect des valeurs morales est affirmé dans leurs comportements quotidiens. Pourtant, bien des aspects négatifs perdurent ou ressortent à la faveur du jeûne. Ainsi en
est-il de l’agressivité légendaire du citoyen algérien. Les réactions épidermiques de ce dernier sont encore plus accentuées durant le mois sacré. Bien évidemment, ce comportement excessif est à mettre sur le compte du manque de sommeil. Il se manifeste en toutes circonstances. Par exemple, sur les routes, le conducteur se défoule sur les piétons qui envahissent la chaussée ou contre les autres chauffeurs qui roulent trop lentement à son gré ou tentent de le dépasser. Au marché, il suffit d’une petite bousculade pour qu’une altercation éclate entre deux ou plusieurs personnes. Il suffit aussi qu’un client soit mis en attente, soit mal servi et proteste pour enclencher les hostilités avec le marchand. Il faut dire que les marchés sont très mal organisés et installés dans des lieux peu adaptés, favorisant une promiscuité toujours gênante. Ajouter à cela, la cherté des produits et outre la rareté de certains autres, et l’on obtient un cocktail explosif. Parfois, cela se limite à quelques invectives, parfois cela dégénère en bagarre. Heureusement, il y a toujours de bonnes âmes qui tentent de s’interposer entre les belligérants. Dans la soirée, même si les appétits sont quelque peu apaisés, l’ambiance n’est pas pour autant toujours sereine. En effet, si l’envie de vie nocturne est une liberté tout à fait légitime, chacun reste toutefois redevable du respect de l’autre. Beaucoup ont besoin de repos, nécessaire aux enfants, comme aux adultes pour affronter la journée de travail du lendemain ou, pour les malades, favoriser le rétablissement de leur état de santé.
Les services de l’ordre sont ainsi sur le qui-vive en H24 durant le Ramadhan, pour apaiser les esprits échauffés et imposer
la loi aux délinquants, peu sensibles aux prescriptions islamiques. Le tableau n’est heureusement pas aussi noir. Certes, ces comportements négatifs perdurent, mais la situation s’est notablement améliorée, comparativement aux années passées. C’est une évolution positive de la société, désormais plus consciente de l’importance de la convivialité tant dans sa contribution
à la qualité de la vie dans la cité que de son effet, imperceptible peut-être mais réel, sur le bonheur de chacun.
O. M.