Commentaire : Religieux d’abord

Aïd El Adha. Incontestable halte d’abord religieuse même si en fait le sacrifice n’est pas une obligation mais également rendez-vous hautement convivial et tout autant de solidarité, partage notamment avec les voisins qui n’ont pas les moyens de s’acquitter de cet acte. Bien entendu, il ne faut pas aussi oublier que les temps ont changé et que bien des vertus s’en sont allées à vau-l’eau dans la mesure où désormais l’achat d’un mouton relève, en certaines régions, de la compétition.

Il s’en trouve bien entendu qui se défaussent sur l’idée généreuse de faire plaisir aux enfants comme si la raison d’un tel sacrifice n’était pas partie d’un évènement historique majeur, laissant ainsi comprendre dans la foulée que l’acte de foi ne l’est plus et qu’il s’agit pour un bon nombre, non pas de sauver les apparences mais littéralement de faire dans l’exhibitionnisme social. Il serait également juste de parler d’une amnésie collective dans la mesure où tout le monde ne pense qu’au mouton et/ou au sacrifice. Est-il alors obligatoire pour le lambda d’acheter un mouton quand en réalité il n’en a pas les moyens ? Est-il normal que le jour du sacrifice livre les images d’une effective hécatombe au lieu d’un acte organisé qui rende respect à la bête et préserve sur le plan de l’hygiène l’environnement immédiat ? Est-il normal tout aussi que pour un évènement réputé de partage et de solidarité, éleveur, égorgeur et dépeceur s’entendent pour faire de l’acheteur la première et pratiquement seule victime expiatoire ? Mais finalement, ces derniers ne sont-ils pas en terrain conquis sachant que même les plus violentes épidémies, voire la dernière crise sanitaire mondiale, n’ont, en aucun cas, freiné le déterminisme des Algériens.
Cela dit, il y a aussi cet autre risque que nul, notamment parmi les primo-acteurs concernés, tel le ministère de l’Agriculture, ne semble avoir soupesé, celui de l’extinction du cheptel, une menace évoquée il y a moins d’un semestre par le P-DG l’Algérienne des viandes rouges (Alviar), appelant à préserver les races locales citant en exemple celles d’Ouled-Djellal et Ras-El-Hamra. Or, ce sont celles-là mêmes que les éleveurs des régions citées viennent en vanter les qualités et surtout placer très hautement la barre des prix sans que n’en soient émus ni les représentants des pouvoirs publics concernés ni les acheteurs.
Abdelhamid Lemili