Commentaire : Supplice

Ceux qui ont connu l’école d’un autre temps s’étonneront, toujours,  du nombre effarant d’articles et matériels scolaires dont un enfant doit bourrer son cartable. Son poids ne cesse d’ailleurs d’alimenter, depuis des années, les polémiques, voire de susciter de réelles  inquiétudes s’agissant d’une charge qui peut déformer son squelette.

L’écolier ne se contente plus d’une trousse où il glisserait l’essentiel. Cahiers et manuels  volumineux,  registres de toutes sortes, paquets de pâte à modeler et stylos de différentes couleurs encombrent désormais sacs et cartables qui débordent.
C’est que les matières à étudier sont tout aussi variées. Ce n’est sans doute pas le plus grave d’un point de vue pédagogique. Il est temps de revoir sinon l’inscription dans les programmes de certaines d’entre elles du moins les méthodes de leur enseignement pour qu’elles soient plus attractives. Elles sont parfois peu adaptées à l’esprit d’un petit gosse plus curieux de développer son imaginaire, son sens de la créativité et sa curiosité pour des «choses» propres à son âge. Il est pour le moins étrange que celui-ci se familiarise, dès sa prime enfance, avec les méandres de la vie parlementaire ou les complexités de l’histoire quand il  lui suffit de maîtriser les règles de base des langues et des notions élémentaires de calcul. L’école algérienne a formé d’excellents juristes, sociologues, ingénieurs  journalistes ou chercheurs qui ont attendu le lycée, sinon l’université, pour s’orienter vers des domaines où s’est révélé leur talent dans tout son éclat.
Il est vrai que les temps, les besoins et la pédagogie ont changé mais les cartables n’étaient pas lourds. Cela n’avait jamais empêché que des élèves trouvent plaisir à apprendre ni les maîtres à transmettre un savoir utile.
Pour les parents, c’est surtout un souci de plus en ces temps où chacun compte le moindre sou. Les prix donnent le tournis, même pour des articles de piètre qualité au point que toute rentrée scolaire est vécue comme une nouvelle épreuve par le salarié.
Ce dernier se voit presque contraint  de renoncer souvent à acheter de nouvelles «affaires» pour ses enfants pour beaucoup de cas assez nombreux. Il se contente de recycler en quelque sorte celles d’un aîné ou d’un cousin qui passe dans une classe supérieure.
Durant un mois, chacun se mettra à calculer, à ruser pour que la rentrée ne vide pas ses poches.
Qui sait ?L’avènement tant annoncé de la tablette mettra peut-être  fin au supplice des uns et des autres. On parlera alors davantage du contenu de l’enseignement.
R.Hammoudi