Commentaire : Travaux d’Hercule

Notre époque marquée par l’explosion de la communication ménage  encore une place au verbiage.  Mais en dernier ressort,  elle ne (se)reconnaît que le langage des chiffres.
Jamais sans doute le mot investissement ne s’est trouvé aussi usité, car tous les pays veulent attirer des capitaux et financer des projets pour moderniser des infrastructures dans le but de combattre surtout le chômage, la plaie des sociétés modernes.
Les forums sur les zones franches, les droits de douane et les mesures de facilitation qu’offre un marché forment l’essentiel de l’actualité économique internationale. L’Algérie ne pouvait rester en dehors de cette lame de fond qui remodèle les échanges entre nations même si la rente pétrolière lui a permis, de longues années durant, de se passer des capitaux étrangers, du moins à travers la loi 51/49,d‘imposer à leurs détenteurs ses choix. La nouvelle démarche, moins restrictive, ne s’apparente pas à un recul, encore moins à un renoncement à une souveraineté économique. Elle     vise davantage à diversifier une économie longtemps dépendante des cours de l’or noir. Les transferts de savoir-faire sont aussi liés aux relations qu’on tisse avec les investisseurs étrangers.
Les flux d’investissement ont fini par devenir un atout de séduction comme on le voit à travers l’actuelle passe d’armes entre la Chine et le G7. Ce dernier a annoncé, dimanche dernier, un vaste programme d’investissements de 600 milliards de dollars à destination des pays en développement. Celui-ci vise à mobiliser, d’ici à 2027,600 milliards de dollars censés répondre  aux immenses chantiers financés par la Chine aux quatre coins du monde.
Dans notre pays, les choses se présentent quelque peu différemment. Reliquat des réflexes de l’Algérie dont l’économie était administrée, le poids de l’administration a toujours pesé, dans un sens ou dans l’autre. Elle facilite les démarches pour les uns et multiplie ailleurs les obstacles sur la route des autres. Il suffit d’écouter un investisseur égrener ses déboires avec l’administration pour prendre la mesure de la tâche à accomplir. Pour les plus sceptiques, cela prend les allures de travaux d’Hercule. C’est qu’au-delà des obstacles liés directement aux modalités d’investir, c’est tout un environnement économique, dans son sens le plus large, qu’il faut adapter, voire transformer. C’est à ce prix que  l’acte d’investir finira par devenir une simple formalité.         .
Il y a enfin le sempiternel problème de bureaucratie. Se moquant des bureaucrates, Slim, le célèbre  caricaturiste algérien, avait, naguère, dessiné un homme tendant à trois bons bougres, dont Zina,  une de ses héroïnes, un tas de feuillets. «Pour continuer à lutter contre la bureaucratie, remplissez ces quinze formulaires» , leur recommanda-t-il, mi-cynique, mi-plaisantin  .
R. Hammoudi