Commentaire : Un outil d’intégration africaine

Par Abdelkrim Tazaroute

La réactivation du méga-projet de gazoduc, à caractère transsaharien, qui prendra son départ du Nigeria, traversera le Niger avant de rallier l’Algérie et au bout de son très long parcours, l’Europe, est un défi régional qui revêt une importance géostratégique indéniable. Le projet, qui permettra d’acheminer du gaz et du pétrole de pays africains vers d’autres pays étrangers, est réactivé dans un contexte international sensible. A la faveur des retombées de la guerre en Ukraine, la demande exponentielle en gaz et en pétrole est un enjeu primordial. Depuis que l’Europe a décidé de sanctionner économiquement la Russie en arrêtant d’acheter son gaz indispensable pour l’industrie et les foyers des pays de l’Union européenne, le Vieux continent est à la recherche éperdue de sources de substitution. A vrai dire,
au-delà de cet aspect, l’Algérie n’a pas attendu le conflit Occident-Russie pour donner un sens concret à sa volonté de renforcer ses liens avec l’Afrique. Elle ne fait que le relancer avec des partenaires, notamment le Nigeria qui est l’un des gros producteurs d’hydrocarbures
au monde, et le Niger, pays frontalier.
La démarche est en fait la concrétisation d’une nouvelle ère pour les pays producteurs de pétrole et de gaz du continent et une diversification des voies d’acheminement de ces énergies vers l’Europe où la demande ne cesse d’augmenter. Cette nouvelle option va du coup écarter le Maroc des bénéfices qu’il tirait du passage du gazoduc sur son territoire et par ricochet l’Espagne qui, voulant donner un coup de pouce au Maroc dans sa politique expansionniste, en subit actuellement les conséquences. Avec la fermeté de la réaction des autorités algériennes, elle en prend un sacré coup. Par contre, l’Italie, qui entretient d’excellentes relations avec l’Algérie, sera le grand bénéficiaire dudit projet. A bien y regarder, la concrétisation de ce méga-projet aura des retombées politiques, économiques et financières avérées. C’est un choix judicieux qui intervient à un moment propice aux plans géopolitique et géostratégique. C’est l’Afrique qui prend ses responsabilités en main pour desserrer les liens de dépendance des parties étrangères avec ce projet bénéfique à tous points de vue pour les nombreux pays que traversera ce gazoduc transsaharien. En termes d’offres d’emploi, de richesse et d’opportunité d’investissement, les avantages sont multiples. On ne peut trouver mieux pour renforcer l’intégration des économies africaines et relever le niveau de vie des populations. C’est ce type de projets que l’Afrique devrait favoriser pour se développer et briser le cercle de la dépendance et du désespoir. C’est une affaire de planification et de bon sens pour valoriser les potentialités africaines qui doivent servir, avant tout, les peuples d’Afrique qui, trop souvent, ploient sous le poids de la misère.
 A. T.