Commentaire : Une histoire de fric

La culture touristique s’est profondément incrustée dans la société algérienne.

Dans le temps, le congé consistait, pour bon nombre d’Algériens installés en ville, en un retour vers le douar d’origine pour des retrouvailles familiales, un voyage initiatique pour la marmaille, de prospection matrimoniale… Bref, toute une sociologie à décrypter à travers cette migration cyclique qui n’avait encore rien de véritables vacances. C’était un peu la même chose pour les émigrés, qui retournaient au pays chaque été. Sauf qu’avec leurs moyens, grâce à un taux de change favorable, et la tradition des vacances inculquée dans le pays d’accueil, leurs enfants profiteront davantage des formules touristiques existantes sur le marché.
Toujours est-il, à mesure que le pouvoir d’achat augmentait parmi la population, la notion de vacances prenait de plus en plus de sens. D’autant plus que l’Etat encourageait par divers moyens le secteur touristique et que les œuvres sociales au niveau des entreprises et institutions faisaient la promotion de formules populaires (colonies de vacances et camping, échanges inter-wilaya et même voyages à l’étranger) qui permirent aux catégories sociales les moins avantagées de s’offrir un séjour balnéaire. Cette généreuse politique sociale se généralisera et même reprise par des associations au bénéfice des enfants de quartiers oubliés. Pour sa part, la jeunesse tanguaient entre les vacances «sauvages», avec une préférence claire pour un séjour à l’étranger si par quelque miracle un visa lui était délivré. Les voyages organisés vers les grandes capitales touristiques existaient, mais ce n’était pas la formule préférée, y compris de ceux qui avaient les moyens. Car, de plus en plus, les vacances devenaient une affaire d’argent. La pollution, la surpopulation, la mobilité malaisée rendaient répulsive la fréquentation des plages et lieux de loisirs à proximité des grosses agglomérations. La difficulté d’obtenir un visa de plus en plus cher, des billets de plus en plus hors de prix, un dinar de plus en plus mal, éloignaient les destinations extérieures pour un cercle d’Algériens toujours plus étendu. Mais plus les choses se corsaient, plus d’entrepreneurs touristiques trouvaient opportunité pour asseoir leurs business.
Les agences touristiques pullulent aujourd’hui dans toutes les villes et se démènent pour offrir des formules de voyages à toutes les bourses, que ce soit à l’intérieur du pays ou à l’étranger, sans quitter sa wilaya ou dans la région la plus reculée. Le monopole du balnéaire n’a plus cours, y compris durant la saison estivale. On peut tout aussi bien faire du thermalisme, du tourisme de montagne, que du tourisme dans sa propre ville, avec des guides pour une immersion dans les quartiers que, par sentiment de crainte ou bizarrerie de la vie, d’aucuns n’ont jamais osé explorer ! Avec le règne de l’argent, fini les vacances à l’ancienne ? Pas forcément, mais cela donne du tonus à une filière que l’Algérie a tout intérêt à développer parce qu’elle est un moteur de croissance économique important en offrant beaucoup de postes de travail et constituant une source de devises fortes bienvenue pour le budget de l’Etat.
Ouali Mouterfi