Commentaire : Vestiges en danger

Le pillage des biens culturels n’est pas une nouveauté dans le monde. Les monte-en-l’air et les violeurs de tombes sont aussi vieux que l’humanité, au moins depuis que cette dernière s’est mise à la production d’artefacts qui attisent la convoitise.

On peut ainsi se souvenir du pillage systémique de l’Irak, par des brigands internationaux venus dans le sillage des tanks, lors de son invasion par les armées liguées contre Saddam Hussein durant la seconde guerre du Golfe. Plus loin dans l’histoire, on peut rappeler aussi que les pyramides, formidables tombeaux des pharaons, malgré les systèmes de protection sophistiqués mis en place par leurs concepteurs pour rendre inviolables ces constructions, ont totalement échoué à garder à distance des pilleurs qui n’ont pas été moins géniaux dans leurs plans pour mettre la main sur les trésors emportés par les défunts. Que pouvait-il alors en advenir de tous les objets culturels qui dorment à la belle étoile, dans les lieux isolés, sans aucune protection ?
Avec ses deux mille ans d’histoire, sans omettre tout ce que les temps reculés ont laissé comme traces et fossiles, l’Algérie est un véritable musée à ciel ouvert, d’ailleurs encore peu exploré. On peut citer des centaines de sites historiques essaimés à travers le territoire national. Les musées existants regorgent d’objets archéologiques qui témoignent de la richesse et de la diversité de son patrimoine culturel, mais ils sont loin de pouvoir abriter tous ces précieux biens. Les collectivités locales, démunies de cadres formés et de moyens d’intervention, n’arrivent pas à protéger efficacement leurs trésors culturels, dont parfois elles n’ont d’ailleurs même pas conscience. Tout cela profite aux réseaux de pilleurs pour s’accaparer des pièces les plus recherchées et les plus faciles à écouler. Des acquéreurs nationaux existent, mais c’est vers les marchés extérieurs qu’elles sont destinées de manière privilégiée, car mieux rémunérateurs.
On peut citer l’exemple des chasseurs de météorites qui écument notre Sahara ou des faux touristes qui y volent les objets préhistoriques. Cette faune est l’affaire des services de sécurité dont la mission est de surveiller et protéger le patrimoine culturel national. Les atteintes ne sont pas toujours le fait de voleurs. Par ignorance crasse, beaucoup d’Algériens se rendent aussi coupables de dégradations, parfois de manière irrémédiable, de ce patrimoine. Ainsi, des peintures rupestres, qui ont survécu à plusieurs milliers d’années, ont été gravement altérées et des objets culturels précieux ont été définitivement détruits… Cela pour dire que tout n’est pas affaire de police ou d’associations plus ou moins passionnées. Il est vital que chaque citoyen prenne conscience de la nécessité de protéger de tous les malintentionnés ce patrimoine. De ces témoins de son passé millénaire, il peut en tirer fierté, prestige et source de richesse matérielle.
Ouali Mouterfi