Complexe des industries textiles algéro-turc de Tayal : Sur les traces d’un passé florissant…

Il incarne de la meilleure des manières la nouvelle stratégie de l’Etat visant la relance et le renforcement du secteur des industries textiles qui ont été la fierté du pays durant les années 1960 et 1970. Le complexe des industries textiles algéro-turc de Tayal SPA basé dans la zone industrielle de Sidi Khettab, dans la wilaya de Relizane, est l’une des plus grandes usines en Afrique. Un véritable mastodonte dédié à la gloire de l’industrie du textile avec des équipements puissants et performants faisant appel à des technologies de pointe.

Tout a commencé en 2013.Sur l’initiative du groupe public Getex, une joint-venture algéro-turque a été créée donnant naissance à l’Algérienne des industries textiles Tayal SPA. La partie algérienne est représentée parles entreprises CH Groupe et EPE Texalg, deux entreprises du groupe Getex, et pour la partie turque Intertay, filiale du groupe Tay. En 2016 et suite à la nécessité d’augmenter le capital social de la société, Madar Holding a rejoint l’actionnariat de l’entreprise. L’infrastructure est tissée d’une manière moderne. Elle se déploie sur une superficie de 110ha, ce qui lui a lui permis de concentrer dans un même lieu l’ensemble de la production de ses unités : dépôt de coton, filature, tissage, indigo (jean),  tricotage, finissage et teinture, centre de formation et prêt-à-porter. Le complexe est tissé et tricoté d’une manière moderne. Il faut venir pour y croire. La filature tourne, un régal pour les yeux. Pour entraîner toutes ces machines, l’énergie hydraulique est aussi utilisée. En plus d’une centrale d’énergie (électricité et vapeur) d’une puissance de 35 MW, une station d’épuration est conçue pour traiter 10.000 m3/jour.
Ces «fourmis travailleuses»
Les unités de production bénéficient d’une hauteur de manière à offrir les conditions optimales de travail. Pas d’autres bruits que celui des machines en constant mouvement. L’usine est exceptionnelle. Elle se distingue par sa puissance de production et sa modernité technologique. Sa capacité de production est de 30 millions de pièces/an de prêt-à-porter. Elle vise encore plus! Tel un «monstre d’envie» qui veut détruire tout sur son passage et battre tous les records possibles en matière de production et de perfection. L’inauguration, dimanche dernier, de la deuxième phase de son extension donne encore des idées des ailles à la société qui s’apprête à fournir des prestations pour des entreprises de renommée mondiale. On en parle déjà, et ça reste à confirmer, de Levis et Décathlon. Mieux, l’usine prévoit le lancement, durant le premier trimestre de 2023, de deux marques «Made in Algeria».

Sans plus attendre, visitons certaines «niches» de production. D’abord, l’unité coton s’étale sur une superficie de 10.800m2, consommant chaque année plus de 40.000 tonnes de coton à pleine capacité. Ici, on y voit que des écheveaux de coton. La matière est préservée des risques qui pourraient affecter sa qualité. Le coton est converti en filatures de différents types pour différentes utilisations de tissu. Les responsables sont rassurés par les dernières déclarations du ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, sur la volonté des pouvoirs publics d’accompagner les investisseurs dans le processus visant la relance de la culture du coton, matière essentielle dans le fonctionnement de l’usine. Passons !
Dans l’unité filature, Tayal produit 36.000tonnes de fil allant du plus épais de 10nm au plus fin de 135nm. En utilisant plus de 100.000 fuseaux et 2.700 rotors d’Open End, la production de filature occupe deux unités jumelles dédiées à la production de tout type de fil. L’unité de tricotage dispose d’une capacité de production de 5.000 tonnes annuellement. Elle est équipée de machines robustes et polyvalentes pour offrir une large variété de tissus tricotés. Le complexe est composé également de5 unités de confection d’une capacité de 30 millions d’articles de prêt à-porter par an, dont 12 millions d’articles vestimentaires en denim et non denim, 12 millions d’articles en tricot et environs 6 millions d’articles de chemises. Equipées d’un arsenal de machines de tissage des plus modernes, les deux unités de tissage s’étendent sur plus de 4 ha pouvant produire annuellement jusqu’à 55 millions de mètres de tissus denim et non denim. Le complexe fabrique divers produits de textiles, entre autres, les fils (coton, polyester, élasthanne, viscose, tencel, les tissus (serge, toile, satin), tout type d’habillement (polo, t-shirt, pull, veste, sweatshirt, chemise, pyjama, pantalon). Il confectionne aussi des tenues de travail (uniformes, tenues de sécurité, tenues de nettoyage). L’unité de confection de prêt-à-porter réalise des produits textiles destinés à un public de tout âge. Le complexe Tayal a exporté ses produits vers plusieurs pays. Tous les articles sont conçus avec passion et amour du métier. Des tisseurs qui travaillent de meilleur cœur, sensibles aux détails et à la créativité des clients.
Un cadre de travail confortable
Pour fonctionner à plein régime, le groupe emploie 3.100 ouvriers, dont 30% sont des femmes. Les travailleurs brisent l’oisiveté. Un travail de tous les instants réalisé de part et d’autre. Dans cette usine, tout le monde se sent concerné, et les travailleurs et les responsables. La main-d’œuvre est jeune et dynamique. Il est bien clair que les responsables veulent mettre beaucoup de sang neuf dans les veines. L’avenir est garanti. Partout sur les murs, des affiches et consignes de sécurité sont placardées. Rien n’est laissé au hasard !Les salariés semblent très satisfaits des conditions de travail. Ils le disent sans détours : «Tout marche normalement. Rien à se plaindre. Les travailleurs sont animés de bonne volonté pour améliorer davantage la production.» Un employé n’a cessé de mettre en avant la haute technicité du complexe et surtout la qualité du parc machines dernière génération. «Il n’y a rien à dire, sinon un véritable complexe intégré qui offre toutes les commandités et un meilleur cadre de vie», dit-il. Quid des salaires ?«Il n’y a aucun salaire inférieur au SNMG. C’est ce que je peux vous dire pour le moment», se contente de dire un travailleur. En 2019, des salariés ont dénoncé les conditions de travail, notamment les bas salaires jugés insuffisants.

Conscient de la contribution de la formation dans la performance, le méga-complexe a investi dans le développement des compétences en tenant à faire évoluer son personnel. A cet effet, le complexe abrite un centre de formation aux métiers du textile et de la confection d’une superficie de 1.100m2 et d’un centre d’application d’une capacité d’accueil de 500 apprenants. Le site comprend trois salles de théorie et de pratique. Et ce n’est pas tout. Un pôle immobilier de résidence des personnels a été réalisé. «Y sont hébergés des cadres et ingénieurs qui habitent loin du site. Des logements de type F1, F2 et F3 très confortables sont mis à leur disposition. Des installations très utiles pour la bonne marche des activités. Cela simplifie grandement la vie et une manière pour la société d’assurer les meilleures conditions de travail»,  estime un salarié.
Un hub d’exportation…
PDG du Groupe, Tarik Ekerbicer dit que la stratégie du Groupe vise à contribuer pleinement au développement local de la wilaya de Relizane, mais aussi faire de l’Algérie un «hub d’exportation» de produits textiles. «Tayal est une société de droit algérien spécialisée dans la production des produits faits, tissus et prêt-à-porter. L’usine s’inscrit dans le cadre des projets structurants lancés par les pouvoirs publics avec pour objectif d’exporter 70% de sa production et substituer à l’importation en couvrant les besoins du marché local», a-t-il dit. Il soutient que le textile est l’un des secteurs rares qui a un devoir social de parles emplois créés et la formation de la population jeune et féminine. Il dit que l’Algérie doit tirer profit de sa position géostratégique pour se positionner afin d’accroître ses parts de marché à l’export. Il annonce que de très grandes marques internationales veulent investir en Algérie. Dans ce sillage, et après la fin de la pandémie, un plan d’action a été mis en place pour pouvoir s’ouvrir vers l’extérieur. «Nous sommes partis aux Etats-Unis et au Sénégal pour chercher des opportunités d’affaires. Cette année, nous sommes en train de semer les grains, et je sais que l’année prochaine, nous commencerons à récolter les fruits», soutient-il.

Présidente du conseil d’administration de Tayal, Mme Chaâb qualifié le Groupe d’«acquis» important pour le pays qui s’inscrit en droite ligne de la politique des pouvoirs publics visant la réduction de la facture des importations, la diversification de l’économie nationale et conquérir les marchés étrangers. «Il s’agit d’en faire un pôle d’excellence de l’industrie de textile. Les produits sont d’une qualité supérieure et donc facilement exportables. Nous voulons faire de l’Algérie un pays leader dans le domaine de l’industrie textile», a-t-elle annoncé.
Le complexe Tayal préfigure un retour en force de l’industrie textile qui a connu une époque de prospérité. Il avait alors le potentiel de couvrir le marché national et d’exporter avant de sombrer avec l’arrivée massive des produits étrangers, notamment asiatiques. Aujourd’hui, Tayal est sur les traces d’un passé florissant de l’industrie textile algérienne.
De notre envoyé spécial à Relizane: Amokrane Hamiche