CONFLITS CONJUGAUX : Absence de médiation judiciaire

LA MÉDIATION FAMILIALE est l’une des meilleures façons de traiter et ou de prévenir les conflits conjugaux, y compris ceux qui sont accompagnés de violence.

Elle a pour objectif, selon Ammar Meraouna, président de l’Union nationale des médiateurs judiciaires algériens, d’apaiser les tensions en recherchant les raisons du conflit pour se diriger vers le compromis qui pourrait aboutir à un accord à l’amiable équitable, émanant de la volonté des deux parties, avec l’aide d’un tiers appelé médiateur. «L’utilisation d’un processus technique et de moyens de communication non violents pourra permettre d’aborder les questions relatives aux heurts et aux torts de chacun et d’avoir des réponses aux questions qu’ils se posent dans un climat pacifié, tout en prenant conscience des conséquences qui en découlent, notamment sur la sphère familiale», dira-t-il. Il a lancé un appel aux autorités d’introduire la médiation familiale. «A l’exception d’un texte portant sur la médiation familiale et sociale pour le maintien des personnes âgées dans leur milieu familial, il y a aucun texte de loi qui nous permet d’utiliser la médiation judiciaire dans la résolution des conflits conjugaux. La médiation familiale dans un contexte de violences conjugales n’est pas possible dans tous les cas. Il y a lieu de distinguer entre les violences conjugales pathologiques et les violences conjugales ponctuelles ou contextuelles», fait-il savoir. Pour lui, «la violence pathologique doit être traitée par un service de santé spécialisé. Par contre, la violence contextuelle peut faire l’objet d’une médiation familiale, car elle est souvent liée à une situation conflictuelle précise. Le médiateur cherchera à libérer la parole des parties tout en sécurisant la plus faible, pour évoquer le conflit, explorer et comprendre la forme de cette violence, qu’elle soit physique, économique, verbale ou psychologique, pour arriver à faire comprendre aux parties les sentiments et les besoins qui en découlent tout en prenant en considération les préoccupations des enfants et enfin les aider à chercher ensemble une solution». Sur les avantages de la médiation familiale, le juriste a rappelé qu’elle permettra d’apaiser les tensions et de chercher des solutions dans un climat de coopération et de respect. Dans le cas de divorce, les questions de la garde des enfants et de la pension alimentaire seront mieux gérées. Pour lui, la violence à l’égard des femmes ne cesse d’augmenter. Les chiffres sur les féminicides avancés par les services de sécurité sont effarants. On compte 34 cas pour les dix mois de l’année en cours. «Le cadre légal algérien, bien que le code pénal de 2015 ait introduit un certain nombre de règles en ce qui concerne les violences perpétrées contre les femmes, notamment des poursuites judiciaires allant de l’amende à des peines d’emprisonnement, pose le problème du pardon qui permet à l’agresseur d’échapper aux poursuites pénales». Et d’ajouter que «tant qu’on n’aura pas institué en parallèle un processus de médiation susceptible de traiter les causes, on ne pourra pas mettre un terme aux violences d’une manière durable». A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la violence faite aux femmes, notre interlocuteur a rappelé que l’Union nationale des médiateurs judiciaires algériens soutiendra toujours le combat contre toutes les formes de violences faites aux femmes. «Nous restons engagés auprès de l’État algérien dans les efforts qu’il déploye pour éradiquer toute forme de violence faite aux femmes», a-t-il conclu. ­­­­

S. B.