Congrès annuel de psychiatrie : L’urgence à prévenir les pathologies

Après deux ans d’absence en raison de la pandémie du coronavirus, le congrès annuel de psychiatrie est de retour. En effet, c’est ce samedi que les spécialistes en psychiatrie ont renoué avec leur congrès qui en est à sa 20e édition. Une édition placée cette année sous le thème «La psychiatrie en mouvement».
Des retrouvailles qui ont permis aux participants d’aborder la thématique sous divers aspects et sujets. Il reste, comme le soulignera le professeur Abbes Ziri, président de la Société algérienne d’addictologie (SAA), organisatrice de cette rencontre,  qu’il y a urgence à prendre en charge les pathologies psychiatriques. «D’ici à 2030,  et selon les prévisions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elles seront les premières causes de mortalité dépassant de loin les autres pathologies», a-t-il alerté. Lors de cette rencontre, organisée au Centre de loisirs scientifiques (CLS) conjointement avec l’association des psychiatres du Djurdjura «Djurdjura Psy» et en collaboration avec le service de psychiatrie du CHU de Tizi-Ouzou et l’EHS de psychiatrie Fernane  Hanafi d’Oued Aïssi, les participants ont aussi mis l’accent sur les addictions médicamenteuses et autres drogues dures. D’ailleurs, le Pr Ziri a révélé que le nombre de patients admis au service des addictions est de plus en plus élevé. «La courbe des statistiques de addictions et des patients admis en consultation de psychiatrie, dit-il, est en ascension constante. D’où, pour lui, l’urgence de prévenir ces pathologies en mettant en œuvre une politique de prévention et de soins efficiente». Il étayera son propos, en avançant des chiffres qui donnent froid au dos et surtout révèlent de cette urgence. «Ces deux dernières années, notre service au CHU de Tizi-Ouzou a enregistré pas moins de 27.000 consultations dont 14.000 en 2021», dira-t-il, en mettant l’accent sur la prise en charge des malades impactés psychologiquement par la crise sanitaire de la Covid-19. Et de préciser que «ces chiffres sont encore plus importants en additionnant  eux de l’EHS spécialisé Fernane Hanafi, des différentes structures de santé de proximité disposant de psychiatrie ou de psychologues et les nombreux spécialistes exerçant dans le secteur privé.» Tout en reconnaissant que la psychiatrie en a fait d’énormes progrès, le Pr Ziri avertit que beaucoup de choses restent à faire. «Il y a encore aujourd’hui, des besoins à satisfaire en matière de formation, de prévention et de soins, notamment, dans le secteur public, en intensifiant la couverture en personnel dans les structures de santé de proximité pour rapprocher le médecin des patients», dira-t-il.
Revenant sur l’addiction aux stupéfiants, le spécialiste révélera que depuis 2017, date d’entrée en fonction du service d’addiction qu’il gère, ce sont 1.596 patients qui ont été reçus et traités au niveau de ce dernier. «La toxicomanie fait des ravages aujourd’hui, et des médicaments commercialisés légalement, à l’exemple de Lyrica, sont même détournés pour des fins de consommation addictive». «Il faut une prise de conscience de toute la société à commencer par la famille», conclut-il.
 Lorsque le mal-être force à partir 
Si par le passé, c’étaient plus le chômage et la terre inculte qui avaient poussé des pans entiers de la société algérienne à aller chercher pitance ailleurs notamment outre-mer, aujourd’hui, le phénomène de l’exil est tout autre. Certes le chômage reste, entre autres causes qui incitent les Algériens à s’exiler. Mais aujourd’hui c’est ce sentiment de mal-vie qui mine le mental des jeunes. Et pour cause, ils sont nombreux à vouloir prendre la clé des champs au péril même de leur vie en «achetant» même la mort en prenant la mer avec tous ses risques.
«Rester au pays, c’est mourir à petit feu», dira Anis, un jeune qui a fait quatre tentatives de harga. Et dire que ce jeune trentenaire ne manquait de rien, il avait même un magasin du côté de la nouvelle ville. Un magasin où il se sentait pourtant bien. «Je gagnais bien ma vie avant la Covid-19 qui avait impacté mon commerce. Si bien que je suis arrivé à une situation où  je n’en pouvais  plus avec les dépenses et charges qui dépassaient de loin les recettes». C’est à partir de là qu’il a décidé d’entreprendre les démarches pour cet exil forcé. Après avoir vendu son magasin et payé le droit de traversée à 700.000 DA, il s’est retrouvé à Oran pour embarquer vers l’Espagne d’où il comptait rallier la France pour rejoindre un ami d’enfance installé à Paris qui était parti dans les mêmes conditions. Une traversée qui avait échoué par quatre fois pour diverses raisons sans qu’il ne soit remboursé. Même son de cloche chez son ami Mami. «L’envie de partir est dictée  par le fait que je ne vois rien venir», regrette-t-il.  Rapidement, il fera un petit calcul entre un salaire de 20.000 DA et les dépenses effectuées pour vivre décemment. « Là-bas, même si je dois mettre 200 euros de côté par mois, cela me fait plus de 43.000 DA au change parallèle. En mettant de côté cet argent, j’aurais au moins le sentiment d’avoir travaillé pour quelque chose sans avoir le sentiment de me priver de quoi que ce soit. Alors que chez nous, tu as le sentiment d’être un éternel perdant en n’ayant même pas la possibilité de fonder un foyer dignement», lance-t-il.  Mami dénoncera les pratiques du privé. «J’ai travaillé sur des chantiers à 1200, voire 1500 DA la journée à raison de 10 heures au quotidien mais sans avoir la garantie d’une assurance qui me prémunirait contre tout accident», soutient-il.
En fait, cette envie de partir est motivée  par ce sentiment de mal-vie qui ronge nos jeunes. Un  sentiment qui ne se résume pas seulement dans l’absence de moyens matériels mais aussi de loisirs.
Rachid Hammoutène