Consommation de médicaments psychotropes : Les jeunes comprimés

La consommation de psychotropes prend de l’ampleur. Il suffit de consulter les bilans des services en charge de lutter contre ce mal qui font état de prises colossales. Considérées comme des «drogues douces», les psychotropes, dont la vente a fini par être réglementée, n’en sont pas moins dangereux. Un de nos journalistes s’est rapproché de nombreux jeunes et de leurs familles. Les premiers racontent leurs premiers pas vers l’enfer et les difficultés de s’en défaire. Les secondes ne cachent pas leur désarroi face à la dérive de leurs enfants. Dans notre dossier, des praticiens expliquent aussi les causes d’un phénomène qui nourrit la violence sociale. On présente enfin ceux qui mènent un combat, notamment à Tizi-Ouzou et Blida, dans des structures ouvertes à ceux qui veulent sortir de ce cercle vicieux.

Les psychotropes sont en même temps des drogues et des médicaments. Ils ont la propriété de modifier le psychisme soit par leurs propriétés sédatives ou par leurs propriétés stimulantes. Ces médicaments sont censés agir sur des états dépressifs tels que la tristesse profonde, l’épuisement psychique et l’anxiété. La consommation de psychotropes (hypnotiques et psychodysleptiques) notamment chez les jeunes est un phénomène en expansion. Mais le problème réside dans le fait qu’ils sont utilisés en dehors de leur usage thérapeutique.
Le Pr Mohamed El Amine Bencharif, chef du service de psychiatrie légale à l’hôpital Frantz-Fanon de Blida, distingue six grandes catégories à savoir les antidépresseurs qui sont des médicaments qui stimulent l’humeur et visent à développer l’état affectif des personnes dépressives vers le bien-être.  Les hypnotiques ou somnifères, prescrits en cas d’insomnie, provoquent ou maintiennent un sommeil normal c’est-à-dire avec conservation des cycles de sommeil appartenant à la famille des benzodiazépines comme le Tranxène et une nouvelle classe de médicaments qui vient d’être mise sur le marché comme le Lysanxia. Les anxiolytiques ou tranquillisants servent à diminuer l’angoisse et les manifestations de l’anxiété. Ils peuvent induire une dépendance en traitement prolongé. Les neuroleptiques sont des médicaments utilisés pour traiter les maladies psychiatriques, notamment et principalement dans le cas de psychoses. Les thymorégulateurs, des régulateurs de l’humeur, constituent les traitements de fond du trouble bipolaire. En dernier lieu, les psychodysleptiques qui désignent les substances qui perturbent l’activité mentale et la vigilance. Ils désignent les drogues illicites. Elles ne sont pas utilisées comme médicaments et provoquent une dépendance. «Comme tout médicament, l’usage abusif entraîne des effets secondaires sur la santé.  Tous les médicaments psychotropes ou ceux utilisés en cardiologie ou dans n’importe quelle spécialité sont dangereux quand ils sont détournés de leur usage initial», souligne le Pr Mohamed El Amine Bencharif. Selon lui, les psychotropes sont détournés de leur usage initial, ce qui représente un grand danger pour la société. «Ces personnes qui sont à la recherche d’un bien-être ne savent pas qu’elle sont en train de se détruire», a-t-il ajouté.
Selon le Pr Bencharif, les psychotropes ne sont pas les seuls médicaments utilisés en toxicomanie, il y en a d’autres consommés par les jeunes et connus sous le nom de Prégabaline, communément appelé Saroukh (missile, ndlr), destiné au traitement des douleurs neuropathiques. Il a tenu à préciser que les saisies par les forces de l’ordre de quantités importantes de psychotropes ne proviennent pas exclusivement du secteur pharmaceutique ou du milieu hospitalier mais des laboratoires clandestins qui s’adonnent à la fabrication de ces produits avec des techniques de production très faciles. «En dehors des pharmacodépendants, il faut chercher ailleurs l’origine de ce mal et sauver l’avenir de ces jeunes», a-t-il recommandé. «La prévention est le maître-mot. Il faut aussi penser à donner des palliatifs à ces jeunes en développant chez eux la culture du volontariat et en associant également le mouvement associatif», a-t-il conclu.
Samira Belabed