Consommation et tension : Le lait de tous les débordements

Trouver du lait n’est plus un geste simple qu’on accomplit à la première superette du coin. Depuis quelques semaines, il faut se lever tôt ou se ruiner dans l’achat de marques plus onéreuses et hors de portée des familles dont les revenus sont modestes. Pourquoi en est-on arrivé la et quelles sont les raisons qui sont à l’origine de cette situation dont les pouvoirs publics semblent avoir la mesure en annonçant, lors du dernier conseil des ministres, des mesures en faveurs des différents intervenants. Dans ce dossier, nous avons voulu savoir ce qu’en pensent les consommateurs qui,  selon nos reporters,  tant à Alger qu’à Blida sont dans une sorte de quête éprouvante  d’un simple  sachet  de lait. Des professionnels, notamment un représentant des producteurs privés et un économiste nous livrent également  leurs points de vue.

Que le thème du lait en sachet soit abordé en classe de primaire d’école, mais pas pour que les écoliers comprennent en long et en large son processus de fabrication relèverait de l’ordre normal des choses. Mais que le sujet soit évoqué par les travers que vivent les consommateurs est en soi révélateur de l’ampleur de ce qui relève pratiquement du phénomène que d’un dysfonctionnement du marché. Et en l’espèce, l’enseignante auteure de ladite digression ne fait que réagir par le désarroi à une situation qu’en tant que mère de famille qui tente de trouver une réponse auprès de ceux-là mêmes à qui elle est censée évidemment donner des explications sur bien d’autres questions autres que la disponibilité, voire la rareté d’un produit.
D’ailleurs, la problématique est telle que ce lancinant sujet figure à l’ordre du jour d’un Conseil des ministres. Ce qui au demeurant est loin d’être irrationnel dans la mesure où depuis quelques années, notamment depuis le début de la crise sanitaire mondiale, le dossier figure sur les agendas des gouvernements de tous les pays du monde, plus particulièrement ceux européens, même s’il est vrai qu’il s’est inversement posé par une surproduction et donc des difficultés d’écoulement du produit.
Il y a quelques jours, s’agissant à juste titre de la fourniture du lait subventionné, le président Tebboune a instruit le gouvernement de prendre en charge l’augmentation de la marge bénéficiaire de 1 DA/litre de lait pour les usines et 2 DA pour les distributeurs, ce qui effectivement pourrait constituer l’ébauche d’une solution, sauf qu’elle ne saurait durer dans le temps car ne faisant que renvoyer sine die les raisons réelles d’un avatar qui ne saurait être traité qu’en remontant toute la chaîne de production : élevage conséquent de vaches laitières, système de collecte de lait performant, et bien entendu tout le processus technique conséquent du conditionnement à la transformation. Il est établi qu’à l’échelle du Maghreb, avec près de 200 litres par an, l’Algérien est le plus important consommateur de lait.
En Algérie, certes comme partout ailleurs dans le monde, mais pour des raisons liées à la compétitivité des producteurs, mais visant également à compenser leurs pertes en cas de surproduction, ce qui en Europe n’est pas exceptionnel pour des professionnels très performants disposant d’importants élevages et de moyens techniques sophistiqués, le lait est subventionné pour ceux (producteurs) algériens et les prix à la consommation très fortement soutenus, sinon, quotidiennement, et compte tenu de la taille moyenne d’une famille, le sachet de lait serait inaccessible aux ménages à revenu modeste.  Ce d’autant plus en raison de l’anachronisme des circuits de commercialisation, autrement dit au départ de l’usine au commerçant de détail en passant par le distributeur, et l’obligation faite sans distinction pour l’ensemble des acteurs de soumettre le client à l’achat par concomitance. Un procédé pourtant interdit par la réglementation, à commencer par le ministère du…Commerce et dont nul ne fait cas à commencer par les services de contrôle des prix et répression des fraudes et leurs brigades réputées sillonner notamment durant le mois de Ramadhan les espaces commerciaux.
Un sachet de lait qui ne serait pas au centre des préoccupations de nos concitoyens et surtout des petites bourses ? C’est bien loin d’être évident.
Abdelhamid Lemili