Constantine : Mineurs et contraints de travailler

 A travers de nombreuses localités de la wilaya de Constantine, des enfants n’ont pas profité des dernières vacances de printemps, car contraints d’aider leur famille.

Le mois de Ramadhan a révélé l’ampleur du phénomène avec des grappes de gamins et gamines derrière d’étals très réduits, parfois juste un cageot, un couffin. Ils vendent de la khatfa faite maison, du céleri ou du petit-lait. C’est assez souvent, au terme de longues heures d’attente, de ridicules recettes. Ces images n’interpellent personne, notamment les pouvoirs publics et les institutions en charge de tout ce qui est social, dont la protection des enfants. Les représentants des institutions et des établissements se disent au courant, mais légitiment, avec détachement,  le travail des enfants parce que, arguent-ils, les activités exercées ne sont ni difficiles ni dangereuses et ne le sont pas sous le fait de la menace, voire seulement de l’obligation et volontairement individuelle, comme une réponse à une «demande» familiale. Si cela n’est pas totalement dénué de vérité, le travail de ces mineurs livrés à la rue   expose ces derniers à des risques.
La loi 12-15 relative à la protection de l’enfant considère comme «enfant exposé à situation dangereuse» quiconque l’est «…à l’exposition à l’abandon et le vagabondage »,«à l’atteinte à son droit à l’enseignement » (ce qui est le cas),«la mendicité ou son exposition à la mendicité», «le manquement notoire et continu à l’éducation et sauvegarde». Et il y a enfin le summum des mises en garde avec «l’exploitation économique de l’enfant notamment son emploi ou son atteinte à un travail l’empêchant de poursuivre ses études ou nuisible à sa santé et bien-être physique et/ou moral». Ne sont-ce pas là des raisons suffisantes pour que les pouvoirs publics sociaux volent au secours à ces milliers d’enfants qui ne peuvent échapper au regard de personne.
Pourrait-il en être ainsi si, en juin 2019,  l’inspecteur général du travail, président de la commission interministérielle de prévention et de lutte contre le travail des enfants assurait et rassurait que «le travail des enfants est quasiment inexistant». Les propos  ont été  tenus lors d’une rencontre commémorant la Journée mondiale contre le travail des enfants organisée par le ministère du Travail et des Affaires sociales, de l’Emploi et de la Sécurité sociale. L’inspecteur citera un taux de 0,03 % pour justifier ce type d’infraction comme si cet infinitésimal taux aiderait à passer par pertes et profits l’infraction. Mieux encore, il sera ajouté à d’autres propos que «la plupart des infractions sont commises par méconnaissance des dispositions légales et réglementaires».
Une année auparavant, le ministre du Travail affirmait que  «le travail des enfants existe mais à des taux très faibles» et  invitait toute la société à conjuguer ses efforts pour mettre fin à ces pratiques, notamment par le signalement. Nous avons sollicité les services de la DAS Constantine pour avoir une idée précise sur la lutte contre le travail des enfants, devenu chronique durant le  mois de Ramadhan. Nos interlocuteurs ont non seulement exigé le respect de l’anonymat mais botté en touche. «Les enfants que les parents chargent de la vente de produits en une période exceptionnelle ne font que se conformer à une sorte de…tradition et  à  des us et coutumes tolérées par la société», nous a-t-on expliqué.
Abdelhamid Lemili