Constantine : Offrande d’une fleur, le geste s’installe

«Dites-le avec des fleurs.» L’adage fait désormais florès à Constantine, à en croire Maher, un fleuriste dans la ville des Ponts. Pour notre interlocuteur, contrairement au passé, les Constantinois n’attendent plus faire coïncider leur intention d’acheter des fleurs avec un évènement important et précis : mariage, décès, fiançailles, anniversaires.

Depuis quelques années déjà, s’est installée une véritable culture de l’offrande de fleurs en d’autres circonstances dont certaines relèvent d’un romantisme comme seulement visible dans les romans, films ou séries télévisées à l’eau de…rose. Aujourd’hui, parce que tout bonnement un évènement jusque-là considéré comme ordinaire, voire carrément banalisé, comme l’arrivée d’un nouveau-né chez un couple, est une raison suffisante pour que l’époux s’épanche d’amour pour la parturiente en lui dédiant un bouquet. Peu importe sa composition, dans la mesure où le plus important est l’intention et surtout l’attention. Mais les fleurs, c’est le printemps… C’est connu ! Comment font alors les fleuristes pour être disponibles le reste de l’année ? Etrange…mais une bonne partie des fleurs est importée, notamment celles «élevées» dans un écosystème particulier. Entre autres exemples, il y a les chrysanthèmes, le lys, mais pas que, dans la mesure où la production locale (une seule pépinière à Constantine qui doit répondre à la demande des wilayas voisines) ne permet pas de répondre à la demande nationale, d’où la nécessité de faire l’appoint à partir de pays étrangers, plus particulièrement le Kenya, soulignera Maher. Bien entendu, la crise sanitaire a énormément pénalisé les fleuristes qui ont «tenu le coup» grâce à la seule pépinière digne de ce nom, implantée à Blida. Sinon le domaine de la fleuristerie fonctionne bien à Constantine. «Hamdoulilah, nous n’avons pas à nous plaindre de l’aisance financière qu’autorise le métier. Certes, le métier est difficile, parce que la qualité du produit relève de facteurs exogènes naturels particuliers comme le climat, les conditions météorologiques, le transport, la préservation et l’entretien, et également de sa durée de vie», explique notre interlocuteur.
Le fait d’importer des fleurs à partir du Kenya renseigne, on ne peut mieux, sur les aléas évoqués en termes de «survie» des fleurs, pour peu que coince quelque peu les procédures d’acheminement, ou en raison de n’importe quel impondérable. S’agissant de l’aisance financière évoquée par Maher, autant dire que l’éventail des prix est parfois renversant, dans la mesure où les coûts se situent selon la nature et le volume des choix de fleurs, dans une fourchette de 1.500 DA à 25.000 DA (et même 50.000, saurons-nous auprès d’un autre fleuriste).
Aux yeux des professionnels, cela n’est pas déraisonnable, comme pourrait l’appréhender une tierce personne. «Il y a besoin à ce que le lambda évacue de sa tête l’idée qu’une rose est là, parce qu’une graine a été semée, a été arrosée et a poussé. C’est plus compliqué que cela…très compliqué même», confie-t-il. Il existerait environ une trentaine de fleuristes sur l’ensemble de la wilaya, mais moins d’un tiers a effectivement pignon sur rue. Le reste exerce une activité discontinue à ciel ouvert et ne répondant que sommairement aux exigences de la profession.
Abdelhamid Lemili