Covid long : Les malades dans l’errance totale  

La pandémie du coronavirus n’arrête pas de surprendre. Le Covid-19 long ou le syndrome du Covid-19 chronique est l’une des conséquences de cette maladie et le plus grand problème pour la communauté scientifique sera de lui attribuer une terminologie exacte pour inclure toutes les manifestations de ce virus. Elle est reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant une maladie multi-systémique.

En Algérie, plusieurs professionnels de la santé ont confirmé la hausse des consultations. Les malades souffrent soit de fatigue chronique, d’insomnie, d’essoufflement, de dépression, de douleur thoracique, de maux de tête, de troubles digestifs et de troubles cognitifs, ce qui rend difficile l’accomplissement des tâches quotidiennes. Le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik, confirme cette tendance et son service reçoit de plus en plus de malades souffrant de l’un de ces symptômes. Selon lui, tous les organes peuvent être touchés par cette affection.
Le Dr Yousfi  a rappelé que le ministère de la Santé, en collaboration avec des experts, a publié un guide de prise en charge distribué à tous les praticiens. Il a été élaboré afin d’aider le praticien à avoir un consensus de prise en charge. Cette maladie appelée aussi phase deux de la Covid-19, les définitions et modalités de prise en charge sont en train d’évoluer. «Il est temps de reconnaître que la Covid-19 est responsable de toutes ces complications qui peuvent apparaître plusieurs mois après la phase aiguë du virus», a témoigné le Dr Yousfi. Selon lui, la prise en charge des malades est multidisciplinaire et le plus important est de garder sous surveillance le plus longtemps possible les patients, ne pas les perdre et de bien les orienter. Selon le témoignage de plusieurs professionnels de la santé, 50% de ces manifestations ne sont pas visibles à travers l’imagerie ce qui ce qui compliquera la prise en charge de ces patients.
Selon le Pr Tayeb Mohand Benatmane, chef de service psychiatrie au CHU Mustapha Pacha, président de la Société algérienne de l’épidémiologie psychiatrique, la définition du syndrome du Covid-19 chronique est toujours ambigüe. «On parle de Covid-19 long lorsque les symptômes persistent au-delà de trois mois», a-t-il insisté. Le praticien a déploré l’absence de chiffres quant aux personnes ayant développé ces complications. Au niveau des services psychiatrie, le praticien a constaté une hausse des consultations pourdes troubles somatiques classés en deuxième position après les troubles du sommeil.  Selon lui, une étude multicentrique est en cours pour voir si tous les malades atteints du Covid-19 développent des complications psychiatriques. «On peut dire dans un premier temps que 60% des malades ayant été atteints de Covid-19 présentent des troubles psychiatriques tout en sachant qu’ils n’ont aucun antécédent psychiatrique personnel ou familial», a-t-il fait savoir. Le chef du service psychiatrie a plaidé pour une prise en charge précoce pour éviter toute complication psychiatrique et neurologique pouvant aller jusqu’à une dépression, tentative de suicide ou phobie et éviter le fardeau lourd de la prise en charge à l’Etat. «Il ne s’agit pas d’un retentissement psychologique de la maladie et de la pandémie mais des complications psychiatriques et les études ont démontré que 90% des pathologies psychiatriques sont liées étroitement au processus inflammatoire du cerveau ou de bas grade donc il ne s’agit pas d’un retentissement», a-t-il conclu.
Samira Belabed