Crise russo-ukrainienne  :«Relatif impact sur l’économie nationale», selon un consultant à l’Inesg

Le monde se prépare à une grande rupture avec le système unipolaire qui a dominé pendant deux siècles. Les prémisses d’un nouvel ordre mondial se précise dont la crise russo-ukrainienne révèle les traits.

D’ailleurs, les Etats-Unis peinent aujourd’hui à faire prévaloir leur position face à la Russie et à la progression économique de la Chine. Une série d’incidences sur le plan politique et économique vient confirmer cette recomposition géopolitique future et révèle les contours du monde de demain. L’onde de choc sera, prévient Djoudi Bouras, consultant à l’Institut national d’études de stratégie globale (Inesg),«beaucoup plus important à l’avenir sur les relations économiques et politiques internationales». D’ailleurs, souligne-t-il, «cela est déjà visible à travers l’inflation qui a touché plusieurs pays». A la question de savoir quelles sont les incidences économiques et politiques sur l’Algérie si la crise venait à durer dans le temps, il dira : «Cela sera catastrophique pour le monde d’une manière générale.»
L’ancien expert du Cnes évoque, dans ce sillage, «la possibilité de voir la famine se propager dans beaucoup de pays». Selon lui, «le problème de la sécurité alimentaire se posera avec acuité, puisque ceux qui avaient faim auront plus faim et ceux qui n’avaient pas faim seront appelés à craindre la faim». Il n’est donc pas étonnant, pour lui, «de voir certains pays faire des rétentions sur l’exportation de leurs produits locaux». C’est le cas de l’Algérie où, sur proposition conjointe des ministres de l’Agriculture et du Commerce, le président de la République avait ordonné l’interdiction de l’exportation de tous les produits de consommation importés, dont le sucre, les pâtes, l’huile, la semoule et tous les dérivés du blé. Le chef de l’Etat a même chargé le ministre de la Justice de préparer un projet de loi criminalisant l’exportation des denrées qui ne sont pas produites localement. Pour Bouras, «l’Algérie a, à travers cette décision, montré qu’elle avait pris ses dispositions contre tout risque de pénurie». Il reste à savoir si des mesures de rétorsion seront prises par les autres pays à l’égard de l’Algérie qui a, à maintes reprises, réaffirmé son attachement aux valeurs et principes de la Charte des Nations unies, notamment l’égalité souveraine de tous les Etats et la non-ingérence dans leurs affaires intérieures. «Nous ne sommes pas dans ce cas de figure et puis nous n’avons pas à craindre ce type de mesures, puisque l’Algérie a acquis son indépendance et demeure un pays souverain», affirme notre interlocuteur pour qui «les leviers de pressions habituellement utilisés pour contraindre les Etats à s’aligner sur leur politique restent la sécurité alimentaire». D’après lui, «la Russie a certes des problèmes depuis l’embargo décidé par l’Union européenne, mais elle demeure une force dans l’échiquier mondial et pourrait se tourner vers ses amis traditionnels, dont l’Iran et la Turquie, pour contourner les sanctions des Occidentaux».
Solutions
Cela suppose, fait-il remarquer, que «nous aurons toujours des amis de rechange qui peuvent nous libérer des éventuelles mesures de distorsions décidées suite à nos positions politiques». Il dit, par ailleurs, «ne pas croire à un impact grave sur notre économie. Nous avons une ligne de souveraineté qui s’inscrit dans le droit des Etats à adopter des politiques qui leur conviennent». Et puis, ajoute-t-il, «on ne peut pas prendre position contre la Russie pour la simple raison que les Occidentaux ont décidé de l’exclure de la communauté internationale». Il affirme que «le lobby occidental n’arrive toujours pas à admettre que la guerre soit aux portes de l’Europe et que la Russie puisse se rebeller et menacer l’ordre économique mondial», soulignant qu’«il ne faut pas voir la crise russo-ukrainienne comme un conflit local ou régional. Mais plutôt comme une refondation d’un nouvel ordre économique mondial, probablement beaucoup plus juste et qui permettrait à certains pays de ne plus être exploités et asservis». S’agissant de la place que l’Algérie pourrait ou devrait occuper dans le monde demain, il affirme que «nous avons certes un poids relatif, mais nous avons toujours la place que nous voulons avoir, d’autant plus que l’Algérie a toujours respecté l’ordre économique mondial».
Assia Boucetta