Cybercriminalité : L’espace bleu, des guerres sans fracas  

Les cyberattaques sont une véritable menace. Après l’affaire du logiciel Pegasus d’espionnage, utilisé par les autorités marocaines pour collecter des données concernant de hauts responsables algériens via le téléphone, les applications et les mails, la cybersécurité devient un enjeu de sécurité et de souveraineté nationales. Mais comment lutter contre ces attaques ? Quels sont les outils et les moyens à mettre en œuvre ?

Pour en savoir davantage, l’expert en nouvelles technologies de l’information et de la télécommunication  (NTIC), Younès Grar, met en garde contre ce genre d’attaques. «Des guerres cybernétiques sont menées par des pays contre d’autres, à l’image des Etats-Unis, de la Russie, de l’Iran…  De fait, l’Algérie constitue également une cible et se doit de se prémunir. Pegasus a été identifié mais d’autres peuvent ne pas l’être. Ces attaques sont une source de déstabilisation et  d’affaiblissement de pays», fait-il savoir.
Interrogé sur les méthodes mises en place pour espionner ou subtiliser les renseignements  numériques, il affirme que cela se fait à travers les mails, les réseaux sociaux, les conversations téléphoniques. «Les attaques diffèrent d’objectifs. Par un logiciel ou un virus électronique, le détournement des informations peut servir à désactiver les services informatiques dans des secteurs névralgiques et perdre la maîtrise et le contrôle. D’autres attaques visent à orienter l’opinion publique et accentuer la méfiance de la population envers la classe dirigeante, ce qui engendre des troubles sociaux. Sur le plan individuel, ces logiciels transfèrent les données personnelles d’une personnalité publique ou un citoyen lambda pour le faire chanter ou se venger en exerçant des pressions et lui soutirer des informations», explique l’expert.
Dans ce sillage, Grar insiste sur la nécessité de développer des solutions techniques et scientifiques  pour détecter, identifier, nettoyer et se protéger contre ces virus. «Les entreprises et les administrations, objet de ces intrusions, sont appelées à développer des solutions en interne ou en sollicitant des experts en la matière. Des compétences existent et peuvent mener à bien cette mission», ajoute-t-il.
Dans cette optique, l’éducation et la sensibilisation contre ces attaques sont parmi les voies à suivre. «L’éducation nationale devrait programmer des thématiques relatives à la sécurité cybernétique en faveur des écoliers et la bonne utilisation des nouvelles technologies. Cette démarche vise à en faire des adultes conscients des risques encourus. Pour les adultes, les entreprises et les administrations devraient organiser des journées de formation pour être réactifs et être en mesure d’identifier le danger», avertit-il. En outre, Grar met en avant la promulgation de lois qui protègent les utilisateurs et sanctionnent les cybercriminels. «Un cadre législatif est nécessaire pour prendre des mesures coercitives à l’encontre des personnes et entités malveillantes qui naviguent sur le web à l’affût d’informations qu’ils vendent à des parties adverses ou les exploitent pour porter atteinte aux personnes en vue», fait-il remarquer.
Technologie : Attention à la dépendance
Des pays, à l’instar de  l’Algérie, sont en position de faiblesse en matière de sécurité numérique. Les équipements sont importés de pays développés, qui détiennent les clés des nouvelles technologies. Dans ce sens, l’expert en nouvelles technologies de l’information et de la télécommunication  (NTIC), Younès Grar, met en garde contre  la dépendance technique à ces pays, qui peuvent, dans un contexte particulier, se retourner contre tel ou tel client. «Il est impératif de diversifier ses fournisseurs, afin d’éviter d’être pris en otage et de voir nos propres  données numériques subtilisées et exploitées à dessein. Il s’agit aussi d’exiger une collaboration avec nos fournisseurs pour former des compétences nationales au niveau local. Autrement dit, un transfert de technologie pour installer des intermédiaires qui se chargent du fonctionnement de ces équipements informatiques», suggère-t-il.
En parallèle, Grar met en exergue le rôle de l’université en tant que formatrice des ingénieurs et techniciens capables de développer des solutions viables et locales pour se soustraire à la «dépendance technologique» de notre pays.
Karima Dehiles