Daniele Di Luigi, curateur de l’exposition «Eyes on Tomorrow» : «La photographie est un moyen de confronter la complexité du monde»

Entretien réalisé par Sarra Chaoui

Daniele Di Luigi est le curateur de l’exposition «Eyes on Tomorrow», qui promeut les artistes ayant participé à l’appel «Jeune photographie italienne dans le monde». Créée à Reggio Emilia, en Lombardie, cette initiative, d’abord nationale, est devenue d’envergure internationale grâce au soutien du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Elle est dédiée à la promotion des photographes émergents italiens à travers le monde grâce au réseau des instituts culturels. L’exposition, présente à travers les cinq continents, dans 12 villes, pose ses valises à Alger au niveau de l’Institut culturel italien d’Algérie. Placée sous le thème du «nomadisme», Daniele explique l’essence de ce projet et les détails de sa réalisation. De son œil avisé, il pose un regard sur la nouvelle scène artistique italienne afin de la dépeindre à nos lecteurs.
A Alger, l’exposition traite le concept du nomadisme, qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Le groupe de photographies d’Alger est très intéressant car les artistes font de la photographie expérimentale. Ilaria Campioli, également curatrice de l’expositon, et moi-même avons essayé de regrouper les photographies selon des mots clés. A Alger, le thème exposé est
le nomadisme, mais il faut comprendre qu’il s’agit du concept de nomadisme et non pas le nomadisme en Algérie. C’est un thème qui est au cœur de l’actualité en ce moment. Beaucoup de philosophes considèrent que le nomadisme n’est pas lié au mouvement des corps mais plus au mouvement de la pensée. En Europe et dans les pays occidentaux, le nomadisme est un sujet tabou car même si c’est quelque chose qui a existé depuis longtemps et existe toujours, ce concept questionne profondément nos modes de vie et nous fait prendre conscience de ce qui ne va pas dans ces modes de vie et nos systèmes économiques et sociaux.
Les photographies sont exposées sur des supports en bois imposants avec des scénographies différentes…
Le support des photographies est une structure faite en bois. Ce choix a été fait alors que la pandémie était encore d’actualité. Nous avons voulu créer un système d’exposition qui soit modulable et utilisable partout, mais aussi pour des considérations environnementales. Car la structure peut être fabriquée partout dans le monde en utilisant les matériaux locaux, donc le bois local. C’était aussi important pour nous de penser la photographie non pas en 2D mais en tant qu’expérience immersive pour l’observateur.  Elle permet de disposer les photographies comme une scénographie. Les photographes ont choisi la taille, le nombre de photo et leur dimension ainsi que la façon de les présenter au public à travers cette structure. Certains le font d’une façon intimiste quand d’autres sont très ouvertes.
Le style des photographies exposées est loin d’être traditionnel. Comment décririez-vous la nouvelle scène artistique italienne ?
C’est une question très intéressante, car il est complexe d’y répondre. Il y a beaucoup de traditions en Italie. Celles des années 1980 et 1990 consistent en la photographie de paysages, du reportage et photos journalisme. Mais récemment, spécialement les vingt dernières années, beaucoup de jeunes photographes essaient de confronter, d’utiliser les photographies dans leur sens large et de les mixer avec des images en mouvement et d’autres médias. Il s’agit de penser la photographie comme un moyen de confronter la complexité du monde car ils ont compris que ce que nous voyons n’est pas forcément ce que sont les choses en réalité. Ils essaient donc de trouver des façons pour parler et exprimer ce qui n’est pas visible. Nous essayons d’encourager cela.
 S. C.