Dans toutes nos villes : Les femmes redécouvrent la vie nocturne

Si dans notre société la vie nocturne se conjuguait, jusqu’à un passé récent, exclusivement au masculin, le mois de Ramadhan vient subitement briser cette réalité sociale bien ancrée.

D’un seul coup, les réticences se brisent, les hésitations tombent et les comportements changent. Comme si elles s’étaient données le mot, des groupes de femmes sortent après le f’tour et prennent possession de la rue. L’espace extérieur n’est plus la sphère exclusive des hommes, la gente féminine profitent également des attraits de la ville après une journée de jeûne passée à  préparer des multiples plats du f’tour.
 Elles affluent en petits groupes ou seules  vers les grandes artères de la capitale  pour y déguster des glaces, se retrouver autour d’un thé  ou pour le simple plaisir de flâner.  Restaurants, magasins et espaces commerciaux ouverts jusqu’à des heures tardives font le bonheur de ces femmes qui, après trois ans de confinement suite à la crise sanitaire, veulent  profiter pleinement  de ces soirées ramadhanesques.
L’ambiance des marchés populaires se démarquent eux  par des mouvements assez particuliers de la gente féminine qui en fait ses royaumes.  Les facilités de transport qu’offrent le tramway et le métro ont contribué pleinement  à cette mutation. Seules ou accompagnées, elles viennent de toutes les communes pour profiter de cette ambiance si différente  de la monotonie qu’offre Alger le reste  de l’année. En somme, le mois sacré permet de mieux apprécier le potentiel qui existe à Alger. Loin de l’époque des «bouqalas», les restaurants attirent autant que les magasins les femmes en quête d’un endroit calme même si la crise économique qui secoue le pays jette amoindrit le pouvoir d’achat  des ménages.
Difficile, d’ailleurs, dans ce contexte pour ces espaces ouverts à l’intention des amateurs de Kelb el louz, thé et autres gâteaux sucrés de faire salle comble, tous les soirs. La réouverture des mosquées est, pour les autres, une opportunité pour l’accomplissement de la prière des tarawihs. Un retour souhaité après trois ans d’absence.
Le mois de jeûne est aussi un mois de partage et de bienfaisance. Certaines femmes préfèrent se lancer dans des activités caritatives nocturnes. Elles n’hésitent pas ainsi à faire le déplacement dans les hôpitaux pour passer la soirée avec les malades.
Assia Boucetta
 
Livrés à eux même pendant les veillées : Des mineurs en danger
Pour combattre le phénomène de la délinquance provoqué, en grande partie, par l’échec scolaire, le premier magistrat de la commune de Seraïdi dans la wilaya d’Annaba a pris les devants en interdisant aux  mineurs de sortir seuls la nuit.
Désormais, «seuls les majeurs  et les enfants accompagnés de leurs parents pourront vadrouiller la nuit», peut-on lire dans le communiqué de l’APC. Voir les élus locaux se préoccuper de ce phénomène  est un fait inédit. La présence massive d’enfants dans la rue transformée en espaces de jeu constitue, toutefois, un phénomène généralisé et accepté, qui touche toutes les villes. Les rues grouillent d’enfants de tous âges, perturbant la quiétude des habitants. Pour certains, ce phénomène est synonyme  de l’échec de la politique urbaine qui peine à répondre aux besoins de cette catégorie. Pour d’autres, la présence des mineurs en dehors des espaces institutionnels de socialisation qui sont la famille et l’école à des heures très tardives est un  signe de démission des parents. L’exiguïté des logements est souvent présentée comme un argument pour justifier l’occupation massive et quasi- permanente de la rue par les enfants livrés à eux même. Le groupe d’âge responsable de ce vacarme nocturne en ce mois sacré sont des  enfants âgés entre 5 et 15ans qui se retrouvent à jouer et à crier loin des yeux de la famille, parfois  jusqu’après minuit. Sans se soucier du risque et des tentations de déviations face aux fléaux sociaux de  nombreux parents qui laissent leurs enfants errer dans la ville  ou se rendre dans les mosquées pour effectuer les prières de Tarawih. Certains improvisent des matchs de football nocturnes quand d’autres consomment du tabac et de la drogue. Les enfants se trouvent menacés par les accidents car un grand nombre de motos et de scooters de différentes tailles conduites, dans la plupart du temps, par des jeunes sans permis et sans casque. Certains quartiers se voient carrément transformés en ce mois sacré en salles de jeux à ciel ouvert. On y trouve des «baby foot», des tables pour les jeux de cartes, de dominos au milieu des bruits assourdissants entrecoupés de propos obscènes.
A. B.