De l’un à l’autre, il jongle : Comédien et acteur

Ahmed Benaïssa qui n’était pas plus proche de son père que de sa mère, dit avoir acquis à partir de ce fait cet esprit de famille. D’ailleurs, il raconte cette anecdote, après la mort du chef de famille, qui lui valut de faire une mise au point à son cadet, lorsqu’il a émis le vœu de demeurer dans la maison familiale au détriment des sœurs qui n’auraient, après coup, pas de pied à terre pour se rencontrer. Ahmed y a mis de l’ordre avec clairvoyance et responsabilité.
Ces mêmes atouts qui ont joué de tout temps en sa faveur. Qui se sont avérés des qualités intrinsèques dans ce métier dont il a fait son compagnon de vie. Sans regret, ni remords. Puisqu’il l’a choisi en rentrant au pays. Avec ce bel accident de parcours qui lui a valu de pénétrer dans le monde de l’art en France pour se retrouver enrôlé à Sidi Bel Abbès, où la famille a élu domicile après avoir quitté Nedroma.
Voici donc Ahmed, à peine sorti de l’adolescence, fouler de plain pied le conservatoire de Bel Abbès. C’était en 1963. Puis à Alger, s’en suivra une formation accélérée avec pour maître d’apprentissage des étrangers. Des noms de ces professionnels sont évoqués, accompagnés d’un regard lointain et rêveur, teinté d’un soupçon de nostalgie : «Il y avait René Le Sage de Grenoble, Alain Sikli de Marseille, Jean Rodieux, Marie Fontana, Henri Alain Vigny, Jacques Vaghi et puis des hommes de théâtre bien de chez nous qu’Ahmed a côtoyés, chez qui il a appris à aimer, faire et entretenir l’activité théâtrale : les Alloula, Hassen El Hassani, Tayeb Abou El Hassen… une trempe d’artistes qui n’avait pas son pareil en formation.
Et ce même théâtre court dans les veines de l’artiste Ahmed Benaïssa. Il dit sans ambages être d’abord un homme des planches où il est né et s’est fait artiste : «J’adore le théâtre. Pour moi, c’est d’abord le théâtre ! Et je sors du théâtre pour aller au cinéma. Dans tous les sens. Ce n’est pas évident de se faire comédien et acteur.» Mais lui a su chevaucher les deux montures. Sans ménagements et sans difficultés. Cette polyvalence émane d’une expression domptée qu’il soit au théâtre ou devant les caméras.
S. A.