Décès de la poétesse Amina Mekahli : ‘’La dame au chapeau’’ s’en va

Une grande dame de la littérature algérienne, la romancière et poétesse Amina Mekahli, s’est éteinte,  dans  un hôpital belge,   samedi, à l’âge de 55 ans. «La dame au chapeau», une habituée des rencontres et débats littéraires, est connue pour son verbe franc et  spontané. Sa jovialité et sa bonhomie faisaient d’elle une femme agréable et sympathique.

Au-delà de sa personnalité, elle était une poétesse à l’âme sensible. Constamment à l’écoute du monde,  elle a su traduire en vers les plus subtiles des sentiments et transformer la douleur en musique.  Ses romans étaient dédiés à l’humanité  dans ce qu’elle porte de plus beau et de plus atroce.
Amina Mekahli devait publier un recueil de poésie, le premier, après des années d’écriture. Un paradoxe pour  une poétesse. Si  elle ne l’a pas fait jusque-là, c’est parce qu’elle était exigeante.  Envers elle-même  et  son écriture. «Il ne suffit pas d’écrire de la poésie et de publier un recueil pour se dire poète», déclare-t-elle dans une interview.
Voici l’un de ses derniers poèmes publié sur sa page Facebook en avril dernier.
Ouvrir une fenêtre
Et regarder le conseil
Que la nuit ne porte pas
Ouvrir ses bras
Aux âmes turbulentes
Qui s’esclaffent sous le vent mortel
Ouvrir ses yeux
Et apercevoir la liberté
Sous les bombes et les barbelés
Ouvrir son coffre-fort
Pour y ranger son pain chaud
A l’abri des enfants qui meurent de faim
De nombreuses traductions
Née en 1967 à Mostaganem, Mekahli, passionnée de littérature, a écrit des vers, depuis son jeune âge. Son premier recueil, «Tiaret, chevaux et légendes», co-signé avec le photographe Nacer Ouadahi en 2015 (ANEP), comprend une soixantaine de poèmes et cinq contes populaires sur les chevaux de la région de Tiaret.
En 2016, elle publia son premier roman, «Le Secret de la girelle» (ANEP), consacré à l’art et à la peinture et nominé pour le Grand Prix Assia Djebar. Son deuxième roman, «Nomade brûlant», sorti en automne 2017 (ANEP), a été également nominé pour le même prix. En 2017, elle a  obtenu le   deuxième Prix international de poésie L. S. Senghor (Milan, Italie) pour le poème «Je suis de vous», extrait de «Nomade brûlant». Mekahli publiait  régulièrement ses poèmes et ses écrits sur son website et la page Facebook «Lisez algérien». Elle a également édité une section littéraire, «Invitation en auteur» dans le journal numérique, «Le Journal  de l’Oranais». Bien qu’elle n’ait pas publié de  recueil  de poésie, elle était très active sur les réseaux sociaux et beaucoup de ses poèmes sont   traduits en plusieurs langues et inclus dans différentes anthologies dont la dernière, «De l’Humain pour les migrants», dirigée par Jean Leznod.  « La presque morte» a eu des  versions chinoise, anglaise, islandaise, roumaine et néerlandaise. Amal Bouchareb s’est chargée de la traduction vers l’italien avec la collaboration de Simone Sibilio. «Je suis de vous» a été traduit vers l’italien par Daniela Lupi.
Trois poèmes ont été traduits en anglais par Huguette Bertrand (Canada) : «Le Désert à petite gorgées», mention d’honneur du prix Léopold Sédar Senghor à Milan 2018, traduit en roumain par Ion Deaconescu pour le festival mondial de poésie «Mihai Eminescu» de Craiova en Roumanie. Mekahli est ambassadrice du prix international de poésie Léopold-Sédar-Senghor, dont elle est lauréate en 2017 pour son poème «Je suis de vous» et en 2019 pour son poème «Lèvres sans timbre».
Hakim Metref