Décès du réalisateur Yahia Debboub : Le terrifiant anonymat !

Nous avons perdu beaucoup d’artistes l’année dernières et en ce début de l’an 2022. Ils ont été chanteurs, comédiens, réalisateurs et ils avaient tout donné leur vie durant avant de mourir dans le silence le plus total et le plus désolant. C’est même révoltant ! Nous ne dirons jamais assez de cette ingratitude qui nous colle à la  peau pour faire de nous des êtres sans passé, sans mémoire, des ingrats errant, sans repères et pourtant pas encore atteints de cette terrible maladie que l’on nomme Alzheimer.

Que s’est-il donc passé pour que nous devenions ainsi, insensibles à tout, juste bons à s’enquérir du présent et à rester rivés au petit écran, incapables de réagir, amorphes, comme des morts-vivants. Ah cette mémoire et ces archives qui nous filent entre les mains. Allons-nous à chaque fois se fier au seul moteur de recherches Google pour nous informer de notre passé même le plus récent ? Quelle est l’institution qui gère nos archives écrites, parlées et filmées ? Aujourd’hui la question mérite d’être posée car l’heure est grave.
Le réalisateur Yahia Debboub nous a quittés la semaine dernière dans le silence comme ceux qui l’on devancé pour rejoindre leur dernière demeure. Sauf que pour lui, il est vraiment parti dans l’anonymat le plus terrifiant. C’est un peu comme s’il n’avait pas existé. Même les réseaux sociaux sont restés muets. Et pourtant l’homme a eu un parcours et le réalisateur, des documentaires et des films à son actif. Qu’ils aient rencontré le succès ou pas ne justifie pas l’absence d’écho.
Yahia Debboub a fait une formation de cinéma dans l’éphémère institut du cinéma algérien aux côtés de la première génération des cinéastes, à l’image de Rabah Laradji, Lamine Merbah, Merzak Allouache ou Rachid Benallal pour ne citer que ceux-là.
Plus tard, il rejoint l’université pour des études en sociologie et décroche une licence avant d’occuper des postes administratifs. Il a même été directeur-adjoint à l’entreprise nationale de production audiovisuelle (l’ENPA).
Yahia Debboub est connu pour être le réalisateur de « La Vieille dame et l’enfant », un film social réalisé au début des années 90, «  Le Bateau blanc », un long-métrage cinéma sur la résistance  des Algériens depuis le début de la colonisation française et enfin un troisième film « Benti hiya benti »( Ma fille reste ma fille » avec Mustapha Laribi et Manel Touati, dans les principaux rôles. Ce film retrace l’histoire d’un homme qui rêve d’avoir un garçon  mais qui n’aura que des filles, lui qui pensait faire d’un de ses fils, un grand joueur de football. Il sacrifiera une de ses filles qui avait l’allure d’un garçon et lui apprendra à devenir footballeur et surtout un garçon. Le film a une morale parce que ce père, un peu perdu, apprendra à mieux apprécier les qualités de ses filles et de la gent féminine.
Dans sa vie, Yahia Debboub se livrait rarement sauf quand il avait confiance en quelqu’un. C’était une personne réservée mais très au fait de ce qui se tramait dans la société. Il était connu pour être d’une grande culture.
Repose en paix l’ami !
Abdelkrim Tazaroute