Délinquance : La répression judiciaire ne suffit pas

La délinquance prend des proportions alarmantes au sein de la frange juvénile. Des juristes confirment ce constat et expliquent les causes et les facteurs ayant contribué à l’amplification de ce phénomène dont les retombées sont «ravageuses».

L’avocat Nadjib Bitam tente de décortiquer les contours de cette problématique aux multiples facettes. En sa qualité de juriste, il confirme que la courbe du crime en Algérie connaît une évolution considérable ces dernières années. Pis, il s’organise davantage dans le cadre de groupes criminels notamment dans le domaine de la drogue et du banditisme des quartiers. Le caractère organisationnel du crime en dit long sur la dangerosité de la situation. Bitam évoque également les crimes électroniques qui se sont propagés dernièrement en Algérie à travers les espaces bleus et les réseaux sociaux. Les motifs ? L’avocat évoque les raisons sociales, économiques et politiques. La dissolution de la famille algérienne à cause des divorces et la déperdition scolaire précoce sont, d’après lui, les principales raisons de l’amplification du crime au sein des mineurs et des jeunes. Ces derniers sont donc absorbés par la rue en l’absence de l’autorité paternelle et de l’éducation familiale. D’où la prolifération des agressions et des atteintes à l’ordre public. Sur le plan économique, le chômage accentué par la pandémie a poussé de nombreux jeunes à la dérive et surtout à l’aventure de l’émigration clandestine, à la consommation de la drogue et des psychotropes. Hélas, quand le jeune s’inscrit dans ces espaces nuisibles, il se retrouve systématiquement impliqué dans des faits criminels, regrette Bitam qui tient à préciser qu’actuellement, les autorités ont pris des décisions pour soulager ces jeunes en instaurant récemment l’allocation-chômage. Cette disposition est de nature à contenir certains aspects de la délinquance. L’Etat s’intéresse aussi à la politique de réinsertion des délinquants, dit-il, en s’orientant notamment vers des procédés d’aide à cette frange vulnérable qui sort des prisons. Le juriste est convaincu que la répression judiciaire n’a jamais été un moyen d’assainissement du crime. Il favorise les peines utilitaires comme dans beaucoup de pays développés qui tendent même à fermer définitivement les établissements pénitentiaires. Il estime que pour lutter efficacement contre ce phénomène, il faut commencer d’abord par les programmes éducatifs. L’ancienne génération n’était pas versée dans le crime comme celle d’aujourd’hui. La mosquée s’est aussi éloignée malheureusement du rôle qu’elle devait assumer, de même pour les associations, relève-t-il, en faisant remarquer que nos lois ne sont pas assez répressives à l’égard des parents qui abandonnent leurs enfants.
Facteurs endogènes et exogènes
L’avocat évoque des causes géopolitiques, en citant le Maroc par exemple qui constitue le principal fournisseur de drogue pour nos jeunes. Ce pays règle ses comptes avec l’Algérie à travers cette carte malsaine qu’il utilise volontairement contre notre jeunesse, dénonce-t-il, en incitant le citoyen à s’armer du «sens du civisme» car les autorités sécuritaires ne peuvent pas à elles seules endiguer ce «mal». L’avocate Fatma Benbraham explique pour sa part que la délinquance juvénile prend en effet des proportions alarmantes. Il existe des facteurs endogènes et exogènes qui justifient cette situation. Elle relève en premier l’absence d’une politique cohérente pour préserver l’enfance du crime. Il n’y a pas eu, souligne-t-elle, de stratégie globale en accord avec plusieurs secteurs d’activités humaines pour préparer nos enfants à ne pas verser dans la délinquance. Le secteur le plus concerné est celui de l’enseignement et de l’éducation, sachant parfaitement que l’enfant d’aujourd’hui est l’homme de demain. Ensuite, l’emploi qui manque cruellement et qui fait que les jeunes se retrouvent dans l’oisiveté. Les réseaux mafieux s’érigent donc comme un moyen pour eux pour affirmer leur personnalité, même dans le mal. Ils vont en effet devenir des marginaux, explique Benbraham, en citant l’exemple des jeunes harraga qui ne veulent pas faire de mal à leur pays mais choisissent de braver la haute mer dans l’espoir de vivre mieux. «Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d’affaires criminelles qui sont traitées dans les tribunaux. Le nombre d’overdoses aussi est incroyable», confie-t-elle avec regret. Ces juristes constatent donc que la délinquance gagne du terrain, et moult facteurs y participent. Ils plaident pour le retour des véritables centres de rééducation au profit de ces jeunes victimes de la société.
Karima Alloun