Nouvelle wilaya : Djanet, mine de toutes les richesses

Djanet est une des nouvelles wilayas issues du découpage de 2021, après être passée par une période de transition de wilaya déléguée pendant sept ans. Située à 2.400 km d’Alger, Djanet peine, jusqu’à présent, à parachever sa  structure organisationnelle administrative. Un constat fait par les responsables et les élus locaux, rencontrés sur place dans le cadre d’un travail mené par l’équipe d’Horizons sur les dix nouvelles wilayas. Un retard non sans conséquence sur la gestion des affaires publiques et le développement de la wilaya, pourtant très riche. Quant à l’amélioration des conditions de vie de la population locale, cette dernière doit encore prendre son mal en patience. Chômage, cherté de la vie, manque de transport urbain et scolaire, insalubrité sont la souffrance quotidienne des habitants.

 

 

In Aberber, un village situé à 8 km du centre-ville de Djanet et à 3 km de la nouvelle ville d’Ifri souffre d’un isolement étouffant en raison de manque de transport urbain et scolaire.  Installés dans ce village dans les années 1970, les nomades Touaregs font face à un manque criard des projets de développement dans les secteurs névralgiques, notamment l’éducation et la santé. Les espaces de loisirs participent, de l’avis de la population, d’un luxe. Et pour vivoter, l’activité touristique et la culture vivrière restent l’ultime solution.
«La population d’In Aberber pâtit de beaucoup de problèmes. Il y a d’abord le manque de transport urbain et scolaire. «Nos enfants endurent, quotidiennement, une distance de près de 8 km pour se rendre aux collèges et aux lycées, qui sont au centre-ville. Notre village ne dispose que d’une seule école primaire surchargée, qui devrait faire l’objet d’une extension. Mais rien n’a été fait depuis trois ans», indique  Sidi Aguer Bensidi, membre du comité de village.
In Aberber, entre stop et chemin des écoliers
Ce notable d’In Aberber affirme que certains élèves font du stop, alors que les autres sont contraints de faire le trajet à pied, s’exposant ainsi aux dangers fréquents des accidents de la route et à la déferlante des inondations saisonnières d’oued Djanet. «Nous demandons le transport scolaire pour nos enfants et la création d’un collège à In Aberber. C’est une nécessité impérieuse», réclame-t-il. La cherté de la vie alourdit davantage le fardeau pour une population épuisée par le phénomène du chômage, devenu le sort inévitable des diplômés universitaires et les jeunes de la région.
«La plupart des habitants sont des nomades et éleveurs du cheptel, que ce soit ovin, caprin ou camelin. Ils font face au sérieux problème de l’aliment de bétail, en raison du manque l’eau d’irrigation. Nos parcelles de luzerne, d’orge et de blé sont irriguées une fois tous les 15 jours, alors pour penser à faire le maraîchage, c’est complètement impossible», se plaint Sidi Aguer Bensidi.  «Depuis sa promotion en wilaya à part entière, il n’y eu pas de changement. Ni postes de travail créés, ni amélioration de la gestion administrative, alors que les projets de développement sont bloqués», déplore Maâmer, un jeune  de 31 ans.
La santé est malade
Le secteur de la santé est gravement malade à Djanet. «La polyclinique d’In Aberber connaît un manque en médecins et soins médicaux nécessaires pour les urgences. Nous sommes obligés de nous déplacer jusqu’à Ifri, à 30 km d’ici», poursuit-il.  L’hôpital de Djanet construit en préfabriqué constitue un danger pour la santé publique en raison de la présence d’une matière cancérigène : l’amiante. Il devrait être totalement éradiqué, selon le ministre de la santé. Cependant, il reste le seul EPH pour prendre en charge les patients de la jeune wilaya.
Les immondices infestent la ville
En faisant le tour de la ville de Djanet, la première image qui vient dénaturer le paysage et parasiter l’admiration des vues féériques entourant le centre-ville, est la saleté. Les décharges publiques ponctuent les chemins parcourus dans l’ancienne ville, avec des immondices déposées d’importe où. Quelques bacs à ordures au cœur de la ville regorgent de déchets ménagers. Les vieux kseur de la région n’ont pas été épargnés par ce phénomène. De quoi causer un désastre environnemental irréversible, notamment à Kser El Mizane, dont les pièces ont été transformées en décharges publiques à ciel ouvert.
Maâmer, qui vivote dans l’activité touristique, dénonce un manque total des autorités publiques locales, censées assurer la collecte des déchets ménagers. «La population, à elle seule, ne peut assurer le nettoyage, la collecte et le ramassage des ordures ménagères. Nous avons réclamé la mise en place d’un dispositif de collecte des déchets, en vain», regrette ce jeune.
Le manque d’un système de collecte des déchets ménagers a fait de la nouvelle ville, Ifri, l’épicentre de la saleté, défigurant le Tassili N’Ajjer.
«Ifir est invivable à cause de la saleté de ses quartiers, elle qui se trouve à quelques mètres des institutions administratives. Cela porte atteinte à l’image d’une wilaya très fréquentée par les touristes», dénonce Aïcha, une artisane d’In Abeber.
In Aberber s’autoorganise
Une situation qui a poussé les habitants du village d’In Aberber à s’organiser autour d’un comité. «Les habitants payent des cotisations mensuelles de 200 DA collectées par l’association d’In Aberber, laquelle charge une personne sans emploi du ramassage des déchets et de quelques travaux d’aménagement dans les quartiers. Nous organisons aussi des opérations de nettoyage des quartiers, où tout le monde prend part sans se soucier de quelques passagers clandestins», lance Hosseini, un agencier de la région. Située au cœur du Tassili N’Ajjer, Djanet recèle tous les attraits naturels et les richesses du sol pour changer la donne et accéder à un processus de développement durable et prometteur. Un tourisme à relancer, une agriculture à défricher et des mines à explorer.
De nos envoyés spéciaux, Aziza Mahdid et Slimene Sari Ahmed
Les vieux ksour de Djanet : Mille et unes histoires s’effacent 
La route qui traverse le centre-ville de Djanet, en parallèle du grand oued, se trouve entre les deux rives. Des agglomérations urbaines qui longent le cours d’eau, se laissent apercevoir des palmeraies et les vestiges des anciens ksardits «Igharmen», nichés à la naissance des montagnes rocheuses. Dans le nord de l’ancienne ville, s’érigent trois vieux ksour, les premières habitations de la population locale, plus ou moins sédentaire. Lors d’une visite effectuée dans les trois ksour, Horizons a eu l’occasion de voyager dans le temps, mais surtout de voir, de près, l’état lamentable de ces sites touristiques qui remontent à des siècles.
À commencer par Adjahil. Pour y arriver, il faut traverser l’oued à sec dont le lit se voit. La population locale traîne encore un traumatisme causé par la furie de cet oued lors d’intempéries torrentielles. Il a, à maintes reprises, charrié des personnes, notamment les écoliers du village In Aberber. Pas que les enfants. Le célèbre chanteur targui Athmane Bali a trouvé la mort lors des inondations de l’oued Djanet en 2005. Et pour mettre fin à ces drames récurrents, plusieurs ponts ont été réalisés afin de joindre les deux rives et sécuriser les hameaux limitrophes.
Se rafraichir à « Tilamdayes »…
Arrivé à destination, le véhicule de notre guide s’arrête à proximité d’une source dite «Tilamdayes». Selon la légende locale, celui qui boit l’eau de cette fontaine revient à Djanet. On s’en est abreuvé, histoire de se conformer à la tradition et pourquoi pas revenir à Djanet l’ensorcelante. Le site, une halte touristique, a été aménagé. Une cour est entourée de quelques bancs. Un arc construit en pierres fait office d’entrée à la source reconduite en bas du versant de la montagne. Puis répartie dans la cour et menée vers la palmeraie juxtaposante, selon un système qui s’apparente à celui de la foggara. Les anciens puits, qui, jadis, engloutissaient ceux qui s’y approchaient, ont été sécurisés. La fraîcheur qui se dégage de ce lieu donne envie de prendre place sur un banc, sous l’ombrage protecteur des palmiers. Une entrée donne sur une grande palmeraie, abandonnée, semble-t-il. L’accès à ksar Adjahil, en haut de la fontaine, est quasi impossible. Les gens y habitent encore et n’ont pas voulu le quitter, malgré l’état précaire des habitations. Les propriétaires les ont restaurées de matière inesthétique en introduisant des matériaux de construction autres que ceux locaux. La situation de ce ksar rappelle le sort des anciennes casbahs construites un peu partout et qui menacent ruines sans protection. «Notre l’attachement à ce Ksar est viscéral, nous ne pouvons pas nous déraciner assez facilement», lance une jeune fille rencontrée sur les lieux.
Ghawen, le despote …
Au sommet de la montagne, on retrouve les ruines d’une citadelle. Selon le récit relaté par le guide, il s’agit de la citadelle du roi Ghawen. Un tyran connu par son pouvoir despotique et vindicatif. Il exigeait des populations de lui ramener de la nourriture ni chaude ni froide, le juste milieu. Celui qui n’obéit pas à cette règle se fait décapiter par le roi. L’arrogance de ce roi lui a coûté la vie. Après la virée à Adjahil, direction El Mizane. L’heure affiche 15h15, arrivée sous un soleil de plomb. Chacun de ces hameaux est géré par une association qui active dans la protection du patrimoine local. À l’entrée d’El Mizane, une enseigne indique le nom de l’association «Taghorfit» chargée du site. Personne ne s’y trouve. Contacté, Athmane Okassem, membre de cette association, essaie d’éclairer notre lanterne.
«Taghorfit» défiguré…
Le deuxième ksar de Djanet se trouve entre deux autres, d’où l’appellation El Mizane, qui veut dire la balance. Quant à El Mihane, le nom affiché sur la plaque à l’entrée du site, est la prononciation déformée de son appellation, explique-t-il. Selon les précisions de ce descendant du ksar, la cité d’El Mizane se trouve dans l’ensemble du ksar qui est plus vieux et grand que la cité. «Selon l’analyse des échantillons des matériaux de construction et l’arbre généalogique des habitants du Ksar, Taghorfit remonte au VIIIe siècle, soit plus de 12 siècles. Son nom veut dire la chambre et la première pièce a été construite par Abdou Ben Zid Ben Imrane Ben Saïd», complète-t-il. En haut du site, une vue générale sur le ksar permet de constater sa dégradation. Des chambres transformées en décharges sauvages, d’autres en bidonvilles. L’état d’El Mizane est désolant…ahurissant ! En 2003, la partie basse a fait l’objet d’une restauration. La nuance des couleurs des matériaux et la différence du style  architectural sont très constatables. «La restauration n’est pas conforme au style originel et on l’a altéré. Les matières utilisées dans cette opération sont différentes. Nos aïeuls utilisaient une autre matière. Ils mélangeaient la terre rouge aux résidus des crottes des chèvres. Ce mélange est laissé fermenter pendant trois mois pour avoir une matière huilée, homogène et étanche», précise Athmane.
Zaouïa, la maison d’hôte 
De même, la conception des ksour obéit à certaines normes. En se faufilant dans les dédales du ksar Zellouaz, situé à la sortie de la ville, force est de constater que les chambres ont été érigées sur les rochers. Ce granit, gris ardoise, fait le décor du plan général de la ville de Djanet. En arpentant Zellouaz, le désastre est passé par là. Les chambres en ruines sont jonchées d’ordures. Visiblement, le ksar est en cours de restauration. Des troncs de palmiers sont disposés à l’entrée et à l’intérieur du site.Le faîte est couronné par le minaret de la mosquée de style architectural ibadite. Ce dernier résiste encore. Chaque ksar  est doté d’une zaouïa. Tradition oblige. «Tous les ksar renferment une zaouïa. Quand un hôte arrive dans la région et n’a pas où aller, il y séjourne et ce sont tous les habitants, hospitaliers, qui le prennent en charge», explique le guide. La zaouïa El Kadiriya fait, toujours, office d’école coranique. Les voix récitant les versets coraniques se font entendre. Sur ce, l’équipe de Horizons quitte les lieux, mettant le cap sur d’autres secteurs au cœur du développement de la capitale du Tassili N’Ajjer. Rendez-vous au prochain tour d’horizon de ces domaines.
A .M.
Artisanat et forgeage : Des métiers s’étiolent
Djanet, étant une ville touristique par excellence, a pu préserver des activités qui vont de pair avec le tourisme et qui mettent en valeur les us et coutumes des Touaregs. Une virée au  marché de Djanet, «Tajakal», permet d’aller à la découverte des anciens artisans et forgerons de la région. Le chahut du matage des métaux se fait entendre dès l’entrée et fait le charme de cet espace commercial si particulier.
Youcef est un artisan rencontré dans un magasin qu’il partage avec d’autres camarades et situé dans la première rangée des commerces de ce marché. Logé dans l’angle du magasin, Youcef s’assoit en tailleur devant l’enclume et passe le plus clair de son temps dans ce coin à mater les métaux à la traditionnelle.
Grâce à son marteau et plein d’autres outils, il façonne divers objets usuels et bijoux très prisés tant par la population locale que par les touristes.
Ce vieux Targui, timide et purement berbérophone, préfère laisser les adeptes de l’artisanat observer son œuvre que de leur expliquer le processus de la mise en forme. « Je suis en train de fabriquer une bague dite la larme. Elle est connue et demandée ici», lance-t-il. Youcef se précipite en compagnie d’un client chez le bijoutier d’en face pour le pesage d’un bijou et négocier son prix.
Les rouages d’un métier
Hassene Ilazawi, un autre artisan de Tamanrasset, prend la relève. Visiblement, le matage de l’argent ou du fer nécessite un effort énorme et un travail à chaud de longue haleine. Des écrins contenant du sel et autres matières sont à portée de main. Il les saupoudre, de temps à autre, sur le métal chaud pour l’alliage et lui procurer une brillance, explique Hassene. Les récipients contenant l’eau servent à refroidir l’objet avant le limage. Ce métier assez pénible ne semble pas intéresser la jeune génération. Selon Hassene, Djanet voit le nombre de ses artisans s’effilocher et il ne reste que quelques anciens, qui ont hérité ce métier de père en fils. Pour les rares apprentis intéressés par l’artisanat, Tamanrasset est la seule destination pour s’initier à la profession du marteau et l’enclume.
«Le métier est de plus en plus délaissé et la majorité des artisans de Djanet sont issus de la tribu d’Inaden qui exerçait cette activité comme gagne-pain. Ils ont appris le forgeage chez les chevronnés de Tamanrasset, très connus dans le quartier dit Soro Lamalmin, qui veut dire les forgerons», fait-il savoir.
Certains clients préfèrent assister à la fabrication de leurs bijoux pour s’assurer de visu de l’authenticité du produit. C’est le cas d’Athmane, un jeune venu chez cet artisan en vue de se faire façonner une bague.
«Qui peut nous assurer que le métal du bijou est du vrai argent et pas un autre métal? Il y a beaucoup d’artisans qui ne sont pas honnêtes et font un mélange de métaux, mais ils ne le disent pas, alors je préfère voir comment et de quoi ma bague est faite», se méfie le jeune Targui faisant sentinelle à côté de l’ouvrier.
Malgré l’espace étroit, le magasin comprend également aussi des étals des divers bijoux et bibelots. Des œuvres, aussi merveilleuses l’une que l’autre, attisent la convoitise des accros de l’artisanat. À ce moment, des artistes étrangers du groupe Tinariwen sont de passage et ne ratent pas  l’opportunité de se procurer des bijoux ou des souvenirs de la région. Ils se montrent, toutefois, suspicieux et incommodés par la présence de la presse.
Habit traditionnel, couleurs et vertus 
En quittant les forgerons, les interminables filets de chèche exposés avec largesse ne laissent pas indifférent. Devant la multitude des couleurs envoûtantes, le client est, d’emblée, pris par l’embarras du choix. Les prix de ce long voile dit «tegalmoust» varient en fonction de la qualité du tissu. Le plus cher est celui du nila, bleu encre, cédé à 500 DA le mètre. Car il est utilisé dans la tenue d’apparat du marié et la mariée targuis. Aussi, est-il d’usage que les gens s’essuient le visage et les mains avec ce type de chèche pour les vertus esthétiques du ni la qui se déteint facilement sur la peau.
Le bazan est considéré comme le « roi » de la tenue touareg. Les magasins du marché Tajakalen en regorgent avec une grande variété de tissus, de couleurs et de formes. Tasseghnest, la tenue portée par la femme touareg, elle aussi, est très présente. Les rouleaux de tissu de cette tenue qui se vend au mètre, jonchent les commerces. Des tenues conçues et adaptées à la région et à la rudesse de son climat. Les couleurs tape-à-l’œil embellissent les teints basanés. Les visiteurs de Djanet ne peuvent se passer de parcourir les ruelles de ce marché, ce qui, sans doute, fait leur bonheur.
A.M.
Femme targuie : L’ange gardien d’une identité 
Le mouvement associatif de Djanet essaie, contre vents et marées, de jouer un rôle dans le développement de cette wilaya naissante dans l’authenticité de la région. Les femmes touaregs, qui, de tout temps, ont eu leur place privilégiée au sein de la société, s’efforcent aujourd’hui à préserver le patrimoine matériel et immatériel d’une des plus anciennes tribus de l’Afrique du Nord. Aïcha Mechar, artisane et artiste du village d’In Aberber, incarne, bel et bien, l’exemple de la femme touareg soucieuse de l’avenir des traditions millénaires délaissées et menacées de disparition. Actuellement, elle est la secrétaire générale de l’association Tassili pour l’artisanat et relève, en compagnie de sa mère Hadja Belkhir Firo, le défi de perpétuer le legs de ses aïeuls.
Aïcha a grandi dans le giron d’une famille fière de ses origines et passionnée d’artisanat et d’art de manière générale. La préservation de la khaïma et gaâda des Touaregs est le souci majeur de l’association Tassili.
«Isseber» s’effiloche…
«L’association Tassili pour l’artisanat a été créée officiellement en 2003. Elle s’intéresse à tout ce qui concerne khaïma touareg et tâche de la préserver. Nous fabriquons tous les accessoires nécessaires au décor des tentes touaregs, notamment ‘‘Isseber’’. C’est une spécialité que la mère maîtrise», indique-t-elle.
Les matières premières de ce long paravent qui entoure la gaâda touaregs ont le cuir et une plante dite Afezou, cueillie dans le désert et asséchée. Sa confection n’est pas une sinécure et requiert beaucoup de patience et de minutie, d’où la cherté de son prix, allant jusqu’à 100.000 DA. Au train où vont les choses, ce prix risque, prédit-elle, d’augmenter encore jusqu’à 200.000 DA.
«Les femmes artisanes qui maîtrisent la confection d’Isseber se raréfient, car les jeunes filles ne donnent pas d’importance à ce type d’activités. Elles sont accros à la technologie et se détachent progressivement de leurs traditions et origines», regrette-t-elle.
Pour Aïcha, il y a deux catégories de femmes touareg. Celle qui se soucie de sa culture et son identité et celle qui se fond dans la vie moderne au détriment de ses repères identitaires.
Dans le cadre de son activité, l’association veille à faire connaître le patrimoine des Touaregs aux autres cultures et sociétés à travers la participation aux différentes manifestations culturelles et économiques, dont l’Assihar organisé à Tamanrasset en décembre dernier.
Perpétuer les traditions ancestrales
L’autre vocation de  cette entité associative est l’organisation des fêtes de mariage et la soirée Henné pour la mariée ou le marié. Selon les conventions locales, la célébration se fait toute la semaine, dont la danse des chameaux dite «Iloujene», une des traditions phares des Touaregs d’Ajjer et d’ailleurs.
«Là où se trouve l’homme touareg, il y a la danse des chameaux. Elle est une des traditions indissociable de la vie matrimoniale de ce peuple. Les femmes chantent et les hommes dansent à dos de chameaux dressés pour ce type de festivités en présence des invités et des touristes qui apprécient beaucoup», explique-t-elle.
Pas que, la culture de ces Amazighs est très riche car il y va de leur organisation sociale qui accorde beaucoup d’importance à la femme. «Tamanjout» est une fête matrimoine dédiée à la jeune fille touareg, qui après la puberté commence à se voiler en portant Tasseghnest. La famille veille à la mise en valeur de leur jeune fille en la parant spécialement du sari Nila.
Tendi et Imzad, l’histoire se chante
Outre l’artisanat, Aïcha est artiste versée dans le chant féminin tendi. Un art qu’elle a hérité dès l’âge de 16 ans de ses grandes sœurs et tantes.
Elle apprend par cœur certains des textes du chant tendi, qu’elle interprète lors des fêtes en compagnie de quatre voix féminines minimum. Elles jouent au Ganga, un instrument de percussion traditionnel des Touaregs, et pour accentuer le rythme et la percussion, les chanteuses utilisent un jerrican. Ce dernier est indispensable lorsque le groupe se produit dans les villes côtières, où l’humidité affecte la rigidité du cuir et par ricochet la percussion émise du Bendir. Ce genre musical est symbole de la joie et du bonheur.
Djanet est connue aussi par le chant Imzad. Un genre musical féminin aussi qui porte le nom de l’instrument musical. Ces deux musiques sont jouées pour célébrer le rituel dit «Sebeiba», le jour de  la fête de l’achoura. Selon la légende locale, une guerre qui a opposé deux clans adverses qui ne cessaient de se combattre à travers les générations. Un jour, deux clans se disputent, à couteaux tirés, à un point d’eau. Les femmes, consternées, décident de mettre fin, à leur façon, à ces luttes intestines. Une d’entre elles fabrique alors un instrument à base d’une calebasse et commence à jouer à proximité du champ de bataille. Le chant émis de l’Imzad se répand dans l’immense désert et se fait entendre par les deux clans belliqueux. Ils arrêtent, sur le coup, la guerre et suivent la source de ce chant, où ils trouvent une femme en train de chanter et s’assoient autour d’elle. C’est dans ce contexte de guerre qu’est né l’Ahal. Aujourd’hui, les Touaregs l’interprètent autour d’une femme dite tamghart n’Ahal, qui est la doyenne.
«En écoutant l’Imzad de nuit, cela vous procure détente et apaisement. Le chant envoûte et vous laisse voyager dans le désert», témoigne Aïcha.
L’association Tassili tâche également de préserver l’Imzad. «Ma mère fabrique l’Imzad et mes cousines et tantes sont les interprètes de ce genre musical. Il est confectionné à base d’une calebasse asséchée qu’elle coupe en deux parties creuses et le cuir récupéré de la peau de mouton. L’archet est attaché aux deux extrémités par le crin du mouflon ou du cheval», fait-elle savoir. L’association dénombre six femmes maîtrisant la fabrication de l’Imzad, classé, en 2013, patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).
A. M.