Dimajazz : L’épopée continue

Au commencement était la verve, celle d’une bande de jeunes quoi qu’appartenant à diverses formations musicales avait pour atomes crochus la musique. Une communion qui devait obligatoirement déboucher sur un objectif. Il sera matérialisé avec la création de l’association Limma.
Il n’y eut pas de balbutiements dans la mesure où, d’emblée, ses animateurs s’étaient obligés à des challenges dont l’ambition était de tutoyer la perfection en le domaine. Ils s’en savaient capables. L’aventure démarrait alors en 1999 et 23 années plus tard physiquement et matériellement la confirmation allait en être apportée sans que cela est quoi qu’il en serait à voir comme un record, une performance mais tout simplement une marque de respect au professionnalisme.
Dans un entretien accordé au quotidien Horizons, Kamel Belkacem, membre fondateur chargé de la communication et la promotion reviendra sur ce qui allait constituer une véritable épopée musicale compte tenu des somptueux moments de bonheur mais également d’immense douleur qui parsèmeront 23 années de labeur, voire d’acharnement sur une tâche bien loin d’être aisée dans une société locale en proie encore à des pesanteurs d’un autre âge. Pis, le pays sortait à peine d’une décennale tragédie nationale.
«Nous étions jeunes et insouciants, portés par l’amour d’un art qu’avec la régularité d’un métronome, il nous fallait installer pour ne garder en tête et en vue que l’organisation d’évènements musicaux à l’endroit de la jeunesse. En 2022 c’est toujours le cas, sauf qu’avec le temps nous avons tous gagné en maturité, tous c’est-à-dire l’ensemble des acteurs qui gravitent ou continuent de graviter autour de l’événement : public, membres de l’association, responsables locaux et nationaux, bailleurs de fonds…», rappelle notre interlocuteur pour lequel la réalité était toute simple, c’était des musiciens dont le seul exutoire était de s’exprimer et de disposer d’une tribune pour ce faire. Le groupe qui voyageait énormément  prenait pour exemple la Tunisie, pays voisin et le festival de Tabarka avec sa renommée internationale s’interrogeant sur les raisons qui font qu’il n’en soit pas de même pour eux en Algérie. De cet axiome germait à Constantine le premier festival de musique moderne dédié à feu Abdelkrim Zouaoui dit Krikri qui était le pionnier aux premiers jours de l’indépendance, voire même bien avant. Aux deux ou trois années qui allaient suivre le premier évènement, les animateurs de Limma, tirant des enseignements du festival précédant, s’évertuaient à en améliorer l’organisation pour qu’en 2003 voit le jour celui de Majazz lequel pour une sombre histoire de tentative de détournement de droit de propriété artistique par une indue autre association allait devenir Dimajazz.
De Majazz à Dimajazz
Majazz ou m’djez dans le dialecte local signifiait passerelle et l’intention des membres de Limma était d’en jeter entre le Maghreb et l’Europe afin de créer des liens entre les formations musicales de la région et du Vieux continent.  Cela se dessinait effectivement à partir de 2004 avec le deuxième Dimajazz et la présence de groupes étrangers de renommée internationale «travaillés» au relationnel pour lesquels si l’aspect financier pouvait ne pas être négligé n’en exigeaient pas moins essentiellement la garantie de conditions techniques de prestations sans faille. Là encore, feu Azziz Djemame, le pilier de Limma et ses amis confirmaient qu’ils étaient effectivement allés à bonne école au fur et à mesure qu’ils se frottaient et étaient confrontés à la préparation, l’organisation d’évènements face auxquels graduellement ils acquéraient à chaque fois plus d’expérience et par voie de conséquence de maitrise.
Mais comment était financée une telle mécanique ? «Pour le nerf de la guerre comme on dit, l’association démarchait les investisseurs locaux, les opérateurs économiques, des mécènes et pour une édition de 3 jours nous nous en sortions. Un accompagnement citoyen qui permettait de boucler l’organisation sans accroc mais qui nous permettait néanmoins de «sentir» qu’il y avait lieu de préparer autrement le prochain rendez-vous eu égard à ce que nous apprenions, constations et touchions du doigt une fois la clôture de l’évènement faite. Les exigences étaient apparentes ». Cela étant donc, il devenait impératif à partir de 2009 d’envisager autrement l’évolution du festival d’autant plus que deux années auparavant, soit en 2007, celui-ci était institutionnalisé. Une institutionnalisation pour laquelle il aura fallu aux membres de l’association de «se battre » sinon d’apporter des arguments percutants sur la vigueur et la vitalité d’un évènement qui ne pouvait qu’apporter joie et bonheur à des milliers de personnes entre jeunes, adultes, femmes et hommes venant de diverses régions du pays et cette quête du Graal ne s’est pas faite seulement que sur des moments de bonheur mais malheureusement sur deux incommensurables périodes de douleur avec la disparition soudaine en 2005 de Djemame Azziz (l’édition de 2006 lui sera dédiée) considérée comme la locomotive de tous les projets envisagés et envisageables et à laquelle succèdera une autre disparition celle en l’occurrence de Merrouche Adel dans un accident de la circulation alors qu’il se rendait justement au ministère de la Culture pour accomplir les procédures administratives de préparation de l’édition de 2006. A croire carrément et toutes proportions gardées au mythe entourant la disparition sinon la malédiction ayant frappé en son temps des leaders de groupe de rock et autres rock-stars internationales.
L’institutionnalisation…enfin !
En 2007 est donc institutionnalisé le Dimajazz festival remplissant les conditions du cahier des charges dont la tenue pérenne et consécutive de trois éditions. A cette époque Limma en était à son cinquième.  Et, désormais existait au moins la garantie de l’organiser annuellement dés lors que l’association disposait d’une base financière assurée par l’Etat qui lui permettait de se projeter quel que serait la hauteur du budget alloué et, en fait s’il était toujours compliqué de réaliser un montage financier (ce qui l’est même actuellement)  il appartenait désormais aux membres fondateurs de l’association d’apporter des arguments à même de pouvoir prétendre à une bonification dudit budget. Or, ces derniers étaient rompus à l’exercice et effectivement tous les festivals qui suivront seront de véritables réussites. D’ailleurs, ces réussites vont créer un effet d’entraînement des potentiels bailleurs financiers publics et/ou privés constatant désormais la solidité de l’évènement. Et, malgré ce confort, l’association ne se désengagera jamais de l’esprit associatif qui demeure un label à même d’assurer une marge d’indépendance toujours défendue.
Le premier festival reconnu se déroulera par voie de conséquence en 2008 avec la certitude qu’il ne sera pas remis en cause pour l’avenir même si les impondérables existent pour qu’au milieu peut ne pas couler une rivière. Ce sera le cas récemment avec la crise sanitaire mondiale où l’association a été contrainte deux années durant de faire l’impasse sur son organisation comme elle l’avait été en 2017 pour des raisons d’austérité économique mais également en 2014 pour d’autres motifs ceux là carrément ésotériques dénoncées par les médias ce qui permettra d’inverser la vapeur et d’obtenir l’organisation du Dimajazz mais à une période inédite…l’automne (septembre). Il faudrait néanmoins retenir le fait que le festival avait gagné sur la durée passant de trois jours à sept. C’est dire…
En conclusion, l’évènement allait être à l’origine sinon a effectivement pesé sur d’importantes mesures dont la nécessité de disposer d’une salle de spectacles digne de sa renommée et que l’emblématique et somptueux théâtre régional n’en assurait plus la dimension au risque de laisser en rade des centaines de jeunes en plus de donner l’impression de faire dans une sorte d’élitisme arbitraire. Cette réalité a effectivement compté dans la réalisation de la fameuse salle du Zénith même si le majestueux bâtiment culturel a été prioritairement réalisé pour le compte de «Constantine, capitale de la culture arabe».
Enfin, en marge du festival lui-même et des formations professionnelles algériennes, maghrébines, européennes, Limma a permis l’émergence, la découverte et la prise en charge de nombreux jeunes talents qui, par la suite, ont volé de leurs propres ailes se faisant un nom comme elle a formidablement expertisé divers genres musicaux régulièrement renouvelés au bonheur des mélomanes.
Abdelhamid Lemili