Diplomatie algérienne pendant la Guerre de libération nationale : Au service de la cause

Pour beaucoup d’historiens algériens et étrangers, l’action diplomatique algérienne a joué un rôle capital et décisif dans l’internationalisation de la question algérienne pendant la Guerre de libération nationale, un activisme de taille qui s’est soldé par une indépendance chèrement acquise contre une puissance coloniale dont le mode opératoire répressif et inhumain avait pour visée l’élimination entière de l’identité algérienne. Grâce aux efforts de nos diplomates et intellectuels chevronnés, cette entreprise aliénante et belliqueuse, qu’a menée le colonisateur français, a fait long feu.

Après une action diplomatique d’avant-Novembre 54, marquée elle aussi par une sensibilisation importante à l’échelle internationale sur les dangers de la colonisation française, notamment à travers les écrits de Hamdan Khodja qui dénonçaient l’atrocité des colons et les négociations effectuées par l’Emir Abdelkader, surgissait une nouvelle forme militante chez les figures de proue algériennes, à l’instar de Ferhat Abbas, Messali Hadj, Mohamed Seddik Benyahia dont l’engagement et la finesse des démarches menées sur plusieurs fronts ont été déterminants dans l’aboutissement de la question algérienne.
A travers ces instruments de l’action diplomatique militante que sont les ulémas, l’UDMA, le PPA-MTLD, le GPRA, les diplomates algériens présents en Algérie ou à l’étranger et nourris par la flamme révolutionnaire, ont tissé des liens avec des milieux intellectuels, culturels, politiques tant sur le plan régional qu’international, ils ont réussi à porter la voix du peuple algérien à travers une participation effective aux différents congrès et rencontres tenus dans plusieurs pays amis de la révolution algérienne. Leur activisme s’est manifesté aussi par une publication massive des écrits en faveur de la reconnaissance de la question algérienne et sa légitimité.
Certes clandestins et en catimini, ces canaux de représentation et de concertation ont permis de crédibiliser davantage la question algérienne et de contrecarrer la propagande coloniale et ses différents relais, écrit le fonctionnaire et consultant Nassim Mokrani, dans son livre « Les nouvelles diplomaties ».La diplomatie militante algérienne s’est aussi appuyée sur les étudiants qui constituaient une pièce maîtresse dans la défense des principes et des valeurs portés par la révolution algérienne. L’Union générale des étudiants musulmans algériens UGEMA a accompli un travail important de captation de partisans de la cause algérienne, notamment sous la coupe du défunt Mohamed Seddik Benyahia.
Contrer la propagande colonialiste
Deux événements historiques d’ampleur ont contribué au renforcement de l’action diplomatique algérienne dont le point majeur consistait à recouvrer la souveraineté du pays et montrer l’horreur du colonialisme devant les instances internationales. Sur le plan international, la tenue de la Conférence de Bandung en 1955 a permis à la fois la multiplication des efforts diplomatiques algériens à l’étranger et l’inscription de la question algérienne à l’ONU. Elle a valu, en outre, au pays, une forte mobilisation de certains pays et un mouvement de solidarité remarquable autour de la question algérienne.
Sur le plan interne et compte tenu de la prise de conscience hautement élevée des militants algériens quant à la nécessité d’appuyer l’action militaire par un effort diplomatique intense et une contre-propagande, les militants du FLN ont durant la Révolution 54 mis l’action diplomatique au cœur de leur engagement. L’organisation du Congrès de la Soummam en 1956 a accéléré le pas vers cette démarche d’activation du processus diplomatique.
Le ballet diplomatique algérien s’est manifesté aussi à travers la création du Comité de coordination et d’exécution dont la gestion des affaires étrangères tenait une place stratégique dans l’esprit des dirigeants algériens. En guise de nouer de nouvelles amitiés avec des pays voisins et partisans de paix et dans une optique d’accès aux aides matérielles et morales, les militants du Front de libération nationale ont opté pour le travail intellectuel et la médiatisation de la question algérienne pour rendre visible leur combat. A titre d’exemple, le GPRA a réussi à obtenir la reconnaissance de 25 gouvernements de la cause algérienne, notait le Dr Mohamed Bedjaoui dans son livre « La révolution algérienne et le droit ».
La diplomatie « novembriste » n’a pas rayonné seulement dans les couloirs de l’ONU, ni dans l’isolement de la France coloniale sur la scène internationale, dont la politique du mépris à l’endroit des instances internationales, constituait à ce moment-là, selon certains avis spécialisés, un aveu d’échec et d’impuissance, elle a aussi ciblé d’autres objectifs tels que la construction maghrébine, l’émancipation des peuples du tiers monde. Force est de constater, comme l’a si bien noté le moudjahid Mohamed Debbah, « la diplomatie a été l’instrument qui a permis à l’Algérie de se manifester sur le plan international alors qu’elle n’était pas encore reconnue en tant qu’Etat». La singularité de la diplomatie algérienne n’a pas cessé de fonctionner une fois l’indépendance arrachée.
Hanny Tiouane