Djamel-Eddine Nibouche, chef du service cardiologie au CHU Nefissa-Hamoud : «C’est une accalmie et non une extinction de la Covid-19»

L’Algérie vient d’enregistrer zéro cas de contamination par laCovid-19 depuis que la pandémie s’est déclarée, il y a plus de deux années. Cette maladie qui a bouleversé la vie des Algériens ne semble pas vraiment vaincue, selon le Pr Djamel-Eddine Nibouche, chef du service cardiologie au CHU Nefissa-Hamoud, à Hussein Dey.

Le spécialiste estime que le résultat de zéro cas enregistré ne signifie nullement l’extinction de la pandémie, mais, plutôt, d’une accalmie. Le professeur explique que le virus est toujours là, réapparaît en Chine et se maintient en Europe. Selon lui, il y a certes une  extinction, mais du virus Delta, et non de la pandémie. Il explique que le virus omicron continue à contaminer sans provoquer de complications. «Tant que l’OMS n’a pas annoncé l’extinction de la pandémie, il faut rester extrêmement vigilant. C’est un virus respiratoire, et les autorités sanitaire algériennes n’ont pas annoncé également la levée du protocole sanitaire, comme on le voit dans la rue où les gens ne portent plus de masque», -t-il précisé sur les ondes de la radio chaine III.
A une question sur la reforme du secteur de la santé, le professeur estime que ce projet de reforme ne peut réussir que par un plan d’action efficace et surtout une normalisation des structures sanitaires. «Nous n’avons pas d’hôpitaux qui fonctionnent normalement, il faudra les normaliser pour pouvoir les moderniser», juge-t-il, signalant que l’étape la plus difficile de la réforme, c’est son application. Sur ce sujet, il préconise d’appliquer le plan d’action de la réforme étape par étape, à commencer par la formation de haut niveau des paramédicaux, la gestion des hôpitaux, la gestion des médicaments et autres pour avoir un potentiel humain capable de répondre aux exigences de la réforme. Le Pr Nibouche évoque la question des insuffisances du secteur sanitaire en Algérie qui, selon lui, ne s’est pas adapté à l’évolution mondiale, notamment la numérisation. Il propose la création de trois grands hôpitaux de haut niveau qui seront érigés au Centre, à l’Est et à l’Ouest, pour pouvoir répondre à la prise en charge des soins de haut niveau et mettre fin à l’envoi des malades à l’étranger. Par ailleurs, Il appelle à préserver le caractère social qui a permis, selon lui, d’éradiquer le paludisme, le rhumatisme articulaire et toutes les maladies de nutrition, fièvre typhoïde… «Aujourd’hui, on cherche à atteindre un nouveau modèle de santé performant tout en gardant le caractère social», souligne le Pr Nibouche, avant d’évoquer la nécessité de la création d’une agence nationale de santé qui aura toutes les prérogatives d’agir et d’alerter en cas d’épidémie,  comme c’est le cas à Tamanrasset où ont vient  d’identifier un cas de paludisme.
Réforme de la nomenclature sanitaire
Evoquant le développement des ressources humaines dans le secteur de la santé, le scientifique estime que l’Algérie doit faire participer sa diaspora à  l’étranger pour apporter un plus. Selon lui, une coopération formative doit voir le jour pour arriver à se mettre au diapason de l’évolution que connaît le monde de la santé. Pour ce qui est du rôle du secteur privé, le Pr Nibouche estime qu’il active dans l’anarchie et il est primordial de lui fixer ses prérogatives. Il appelle à la réforme de la nomenclature sanitaire avec la Cnas, car, selon lui, «il est insensé que le remboursement des frais médicaux ne soit pas actualisé. Il s’est interrogé sur les pannes fréquentes des équipements et matériels dans les hôpitaux alors que dans le privé, ça n’arrive que rarement. Enfin, le cardiologue appelle à mettre fin à la vente des compléments alimentaire dans les pharmacies sans qu’ils soient contrôlés par le ministère de la Santé. Selon lui, la vente des compléments alimentaire se fait anarchiquement, et cela est dangereux pour la santé publique.
M. Benkeddada