Djemiai Noui, professeur de sociologie : «Il s’agit d’un problème culturel» 

Entretien réalisé par Fatma Zohra Hakem

DjemiaiNoui, professeur de sociologie à l’université de Sétif, qualifie de «privatisation de l’espace public» l’attitude des habitants des résidences qui empêchent l’accès et le stationnement aux étrangers. De son avis, les habitants de ces résidences n’ont pas la notion de l’espace public.

Des résidences sont barricadées par leurs propres habitants. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
C’est un phénomène intimement lié à la notion d’espace public. Il y a des gens qui veulent accaparer l’espace public avec l’ambition de le privatiser alors qu’il s’agit d’un lieu de partage. Il y a même certains qui mettent à proximité des trottoirs des pierres ou des objets pour empêcher un stationnement dans un lieu et ces gens-là s’attribuent l’espace public. A mon avis, ce genre de comportements est lié à un problème culturel car certains n’ont pas la notion de vie dans les villes et n’ont pas de notion d’espace public. Ils n’ont pas non plus la notion du vivre ensemble. Ils sont en train de ruraliser les villes.

L’espace public devient donc un bien privé ?
Oui, ils ramènent en effet les mêmes mœurs qui existent dans les campagnes en les instaurant dans les villes.

Quels sont les risques liés à ce genre de comportements ?
Ils risquent de créer des ghettos. Ils sont en train de ghettoïser les villes et il s’agit d’un phénomène récurrent, ces temps ci. Et dans le cas où l’on s’attaque à un espace considéré comme privé par certains, cela risque de déboucher sur des conflits. En somme,cela va générer de la violence urbaine.

Quelles en sont les causes ?
C’est lié à l’absence des services de sécurité. Et c’est un phénomène similaire aux parkings sauvages que privatisent certains individus, sans intervention des services de sécurité alors qu’ils doivent normalement les combattre.

Que faire face à ce phénomène ?
Il y a un rôle qui doit être joué par les assemblées locales élues mais aussi par le mouvement associatif qui doivent intervenir afin que cet espace public ne soit pas privatisé. Les pouvoirs publics doivent aussi intervenir en concevant des stratégies pour construire des villes de manière à faire partager un espace public à tout un chacun

Vous dites que ce genre de comportement est lié à un problème culturel. Est-il nécessaire d’agir à ce niveau ?
Il faut agir sur les consciences et faire de la sensibilisation car ce genre de comportements est à même de générer de la violence dans les villes. Dans ce travail de sensibilisation et de conscientisation, il faut agir sur les écoles et les APC. Il y a nécessité d’avoir une police communale pour endiguer ce phénomène.
 F. Z. H.