Dr Abdelkrim Touahria : «Dire qu’Omicron n’est pas dangereux est faux»

Entretien réalisé par Samira Belabed

Dans cet entretien, le Dr Abdelkrim Touahria, membre du comité scientifique de suivi de la pandémie de coronavirus, aborde l’évolution de la situation épidémiologique et la propagation du variant Omicron. Il évoque aussi les vaccins disponibles en Algérie.

Quelle lecture faites-vous de la situation épidémiologique ? 
La situation épidémiologique demeure inquiétante. Depuis quelques semaines, la barre des nouvelles contaminations se situe au-dessus des 400 cas par jour et le nombre de malades augmente même en réanimation. Le dernier bilan qui fait état de 14 morts nous inquiète également.

La situation risque-t-elle de se compliquer davantage avec l’apparition du variant Omicron ? 
Selon le dernier bilan de l’Institut Pasteur d’Algérie, 47 cas d’Omicron sont enregistrés. Je pense que le nombre est beaucoup plus important puisque ce n’est pas toutes les PCR positives qui sont séquencées. Il me semble que c’est une erreur de dire qu’Omicron n’est pas dangereux.

Les autorités ont déployé des efforts pour acquérir des quantités suffisantes de vaccins mais l’absence de la population a ralenti la campagne de vaccination. Quel est votre commentaire ?
Le citoyen doit comprendre que la vaccination est le seul moyen d’arrêter la propagation du virus, de prévenir les formes graves de la Covid-19 et d’atteindre l’immunité collective. Hélas, nous en sommes encore loin. La vaccination est la condition sine qua non pour endiguer la pandémie. Pour le moment, son taux reste toujours faible, soit 28% de la population de plus de 18 ans. Il faut trouver le moyen d’augmenter ce taux, sinon la propagation du virus ira crescendo.

Les vaccins disponibles en Algérie sont-ils efficaces contre le nouveau variant Omicron ? 
Pour le moment, on ne peut parler d’efficacité ou d’inefficacité des vaccins contre les nouveaux variants en l’absence d’études scientifiques. Il faut se rappeler que ces vaccins ont été conçus il y a plus d’une année, c’est-à-dire avant les mutations du SARS-CoV 2. Le danger actuellement vient d’Omicron qui se propage très vite par rapport aux anciens variants.  Il faut savoir une chose, toutes les personnes décédées ces derniers jours ne sont pas vaccinées. Disons que tous les vaccins ont prouvé leur efficacité et ils protègent contre les formes graves.

Que doit-on faire ? 
On doit réajuster le plan de communication. Il faut communiquer plus et sensibiliser la population sur la nécessité de revenir aux mesures barrières qui ne sont pas respectées par un bon nombre de citoyens. On a qu’à aller sur le terrain pour constater que celles-ci sont bafouées. Le port du masque et le respect de la distanciation physique sont quasiment absents. Or, elles sont notre seul salut qui peut nous protéger d’un virus qui continue de faire des victimes. Il ne faut pas oublier aussi l’hygiène des mains qui joue un rôle très important dans la transmission du virus. Il est temps de freiner et d’arrêter sa propagation avant que la situation ne dégénère, et d’entamer des enquêtes épidémiologiques sur le terrain. Il ne faut pas oublier que le retour aux mesures de confinement n’arrange personne. La fin de la pandémie n’est pas pour demain. Il faut apprendre à vivre avec ce virus.
S. B.