Dr Mohamed Yousfi, chef de service de maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik : «Qu’attendons-nous pour rendre la vaccination obligatoire ?» 

Dans cet entretien, le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de Boufarik, revient sur la situation épidémiologique que traverse le pays, la nouvelle menace du variant omicron, et le pass vaccinal, la vaccination et le retour au respect des mesures barrières pour maîtriser la situation sanitaire.

Le nouveau variant Omicron est classé, juste après son apparition, comme inquiétant par l’Organisation mondiale de la santé. Faut-il s’en alarmer ?
Tout est possible, pour le moment aucun cas n’a été déclaré en Algérie. Face à cette menace, nous devons prendre nos précautions. Les autorités sont appelées à isoler toute personne venant d’autres pays et le test PCR devient alors obligatoire. Les études n’ont pas encore prouvé la dangerosité de ce variant et s’il est résistant ou pas aux vaccins.  Une chose est sûre, il ne faut pas céder à la panique et laisser les scientifiques faire leur travail pour nous éclairer sur les spécificités de ce variant. Dans deux semaines environ, nous aurons des réponses à toutes les interrogations.
En ce qui concerne les mesures barrières, sont-elles les mêmes ?
Oui absolument, le port du masque, l’hygiène des mains et le respect de la distanciation physique sont les mesures à respecter. Il faut toujours se mettre en tête que le respect des mesures de prévention protège contre le virus d’origine et de tous les nouveaux variants.
Face à la menace de la quatrième vague et la peur de revivre le même scénario de la dernière vague, les citoyens sont toujours réticents. ?
Effectivement, un comportement que nous regrettons. Je ne comprends pas pourquoi la population fuit la vaccination. Toutes les personnes vaccinées n’ont développé aucun symptôme. En plus des mesures sanitaires, la vaccination est le meilleur moyen de se protéger et de protéger son entourage.
Les vaccins sont moins efficaces contre ces nouveaux variants mais ils protègent toujours contre les formes graves.
Le Premier ministre a évoqué récemment la possibilité d’aller vers la vaccination obligatoire. Qu’en pensez-vous ?
La vaccination obligatoire a été toujours notre revendication. Depuis des mois que les professionnels de la santé exigent le passeport vaccinal comme cela se fait dans plusieurs pays du monde. Qu’attendons-nous pour rendre la vaccination obligatoire notamment pour certains secteurs comme les praticiens de la santé, les enseignants et les services de sécurité ? Dans des lieux publics, transport et endroits fermés, le pass vaccinal doit être obligatoire. C’est la seule solution qui nous reste pour augmenter le nombre de personnes vaccinées.
Nos structures de santé sont-elles prêtes pour une quatrième vague?
Il ne faut pas oublier que le secteur de la santé est mobilisé depuis 22 mois sans interruption. Nous sommes épuisés sur le plan moral et physique. Les citoyens doivent prendre ce sacrifice en considération puisqu’il aura des effets sur la qualité de la prise en charge des malades.
La vaccination c’est pour se protéger soi-même, son entourage et les professionnels de la santé. La plupart des services se sont préparés notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en oxygène, les médicaments et moyens de protection.  Nous devons tout faire pour éviter la pression que nous avons vécue durant l’été dernier. Notre problème relève de l’organisation et de la gestion et j’espère que les pouvoirs publics en ont tiré les leçons.
Pour réduire la pression sur nos structures, la balle est dans le camp des pouvoirs publics et des citoyens.
Doit-on revenir aux campagnes de sensibilisation ?
C’est là un volet qu’il ne faut pas négliger et c’est le rôle des médias. Nous devons renouer avec la campagne de sensibilisation. Constitutionnellement, l’Etat est responsable de la sécurité sanitaire de sa population. Pour passer à la vitesse supérieure, il faut imposer le pass vaccinal. Ceci relève du Premier ministre et du président de la République. Nous sommes en retard par rapport au reste du monde et nous n’avons pas d’autre solution puisque le virus restera parmi nous pendant des années et nous sommes condamnés à vivre avec ce virus et d’autres, tel le virus de la grippe saisonnière. Pour cohabiter avec ces virus nous devons respecter les mesures barrières et la vaccination.
Les symptômes de ce nouveau variant sont-ils les mêmes que ceux du virus d’origine ?
Selon les spécificités, les symptômes sont presque les mêmes. Il faut attendre encore quelques jours pour savoir si les symptômes sont les mêmes et connaître le degré de dangerosité et de contagiosité.
Juste après l’apparition de ce variant, plusieurs pays ont procédé à la fermeture de leurs frontières. L’Algérie doit-elle en faire de même ?
Ce sont des mesures de protection que certains pays ont prises. La décision de fermer ou pas les frontières relève de la souveraineté des pays. Il faut attendre encore quelques jours pour fermer nos frontières avec ces pays. Les décisions précipitées n’arrangent personne mais il faut prendre ses précautions. Au niveau de nos frontières, nous avons demandé aux autorités d’exiger un pass vaccinal, un test PCR de moins 36 heures et, une fois sur le sol algérien, un test antigénique.
Tous les voyageurs doivent être considérés comme des cas suspects d’où la nécessité d’appliquer les étapes que nous avons déjà citées.
Pour éviter la confusion, quelle est la différence entre un pass vaccinal et un pass sanitaire ?
Le pass vaccinal c’est l’obligation d’être vacciné et le pass sanitaire c’est soit être vacciné ou avoir la Covid-19 avec un test PCR négatif. Il concerne aussi les personnes qui ont la Covid-19 avec un test PCR négatif ou un test antigénique négatif de moins de 36 heures.
Entretien réalisé par Samira Belabed