El Hadj Mohamed Tahar Fergani : Le chantre du malouf

Il y a des disparitions qui sont irremplaçables, celle du chantre de la musique malouf, El Hadj Mohamed Tahar Fergani, l’est et pour cause. Il a été sa vie durant un pilier du patrimoine lyrique algérienne, une figure de proue de la chanson constantinoise et le maître incontesté et incontestable de cette musique citadine qui prend ses racines de la musique andalouse.

Mohamed Tahar Fergani excelle dans sa manière d’interpréter les classiques du malouf. Il a de la présence sur scène et il est doté d’une forte et imposante personnalité. C’est un musicien hors paire qui manie bien plusieurs instruments mais qui reste mémorable avec la perfection avec laquelle, il joue du violon, et surtout son fameux coup d’archet dont parlent les spécialistes. En somme, il réunit toutes les qualités pour s’illustrer durant sa carrière.
Il est admiré partout à l’est du pays mais aussi là où la musique andalouse est dans les cœurs des mélomanes, à Alger, Tlemcen, Mostagnem et Bejaïa. Il commencera très jeune la musique après un court passage vécu dans l’apprentissage du métier de la broderie avec son frère. Il est né d’une famille de musiciens et de chanteurs un 9 mai 1928 à Constantine. Il a donc été baigné par le malouf et par le répertoire que chantait son père, El Hadj Hamou, chanteur et instrumentiste.
Le jeune Mohamed Tahar sera séduit au début de sa carrière par la musique orientale très en vogue en Algérie à cette époque mais aussi en Tunisie et au Maroc. Il finira par débuter sa carrière en chantant de l’oriental mais l’appel du malouf sera plus fort et c’est tout naturellement qu’il rejoint les rangs de cette école constantinoise de la musique andalouse et s’initiera auprès des maîtres du vieux Constantine. Sa maîtrise du violon et son aisance sur scène et sa voix à la fois chaude, suave et puissante le hisseront au sommet de la gloire pour gouter aux vertiges des succès qui s’enchaîneront tout le long de sa carrière, riche et exaltante.
La famille Fergani est une école du malouf. Ses enfants et ses petits enfants ont une carrière des plus satisfaisantes. Les autres artistes et chanteurs vouaient à Fergani beaucoup de respect et d’admiration tant il est vrai que le voir jouer et chanter reste un véritable régal. S’il y a des chansons qui ont connu plus de succès auprès de son public, telles que la célèbre Dhalma et la légère Sinia welbir, son répertoire renferme des titres de qualité et reste indémodable.
El Hadj Mohamed Tahar Fergani a séduit plusieurs générations d’admiratrices et d’admirateurs. Il était très sollicité pour animer des galas et des soirées privées aussi bien en Algérie qu’à l’étranger, notamment en France.
Il a marqué la scène culturelle algérienne et arabe par ses prestations de premier ordre. Fergani restera un label quand il est question de musique et surtout du malouf. Il a donné son dernier concert en 2015 à l’occasion de la manifestation, « Constantine, capitale de la culture arabe », lors d’une soirée hommage à son père Hadj Hamou.
Abdelkrim Tazaroute